Comptes rendus : Économie internationale

Dostaler, Gilles (sous la direction de) La crise économique et sa gestion. Montréal, Boréal Express, 1982, 256 p.[Record]

  • Gérard Boismenu

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service de l'État (cf. refus du droit de sécession pour les minorités nationales du Biafra ou du Katanga). Il en va de même dans l'application du droit humanitaire en cas de conflit armé non colonial (cf. les débats à la Conférence de Genève (1974-1977) sur les deux protocoles additionnels aux Conventions de 1949).

En conclusion, l'auteur affirme que les Etats du Tiers-Monde n'introduisent pas une coupure dans le modèle classique de la Société internationale conçue principalement comme une communauté d'États. Les finalités du droit des gens restent les mêmes. La nouveauté réside dans le fait qu'il est donné aux principes du droit international un contenu non plus exclusivement « politique » mais aussi « économique ». Cette transformation conduirait seulement à une « relecture des principes du droit international ». Elle aboutit à l'extension d'un domaine spécifique: le droit international du développement, « synthèse de deux termes antagonistes, à savoir la souveraineté et la coopération ». Nous ne partageons pas cette façon de voir. Nous pensons au contraire que la crise du droit international ne résulte pas d'une « mutation du droit » à l'intérieur d'une tradition juridique mais bien d'une « rupture révolutionnaire avec l'ordre ancien ». La place nous manque pour en apporter la démonstration rigoureuse. C'est là l'objet d'une autre thèse...

Celle de Patricia Buirette doit en tout cas être lue et même relue pour être contestée. Son style est agréable; le ton est juste et jamais polémique. Elle a dépouillé une masse de documents, d'articles et d'ouvrages qui font l'objet d'une recension bibliographique du plus grand intérêt. Bref, cet ouvrage apprendra beaucoup à tous ceux qui pensent avec René-Jean Dupuy que le Tiers-Monde exerce une « expression éthique considérable » et que les « tribuns d'une plèbe humiliée interpellent la puissance au nom de la justice » et font voter des résolutions auxquelles parfois la « mauvaise conscience fait adhérer leurs antagonistes ».

Daniel Colard Faculté de Droit de Besançon, France

ECONOMIE INTERNATIONALE

Dostaler, Gilles (sous la direction de), La crise économique et sa gestion. Montréal, Boréal Express, 1982, 256 p.

Ce livre présente les actes du premier colloque de l'Association d'économie politique tenu à peine deux ans après sa fondation. Le thème se décompose en cinq grandes parties- auxquelles s'ajoute une table ronde. Ces divisions posent sous des facettes diverses mais complémentaires le problème des fondements de la crise et des interventions politiques, industrielles ou syndicales dans la présente conjoncture. Selon les cas, le traitement est tantôt théorique, tantôt concret et empirique; généralement les auteurs allient la présentation d'une problématique à l'analyse de situations particulières.

Dès le départ, des interprétations du sens de la crise sont proposées. Pour Boyer, il s'agit d'une crise de type structurel qui montre un blocage majeur du régime d'accumulation intensive et de la régulation monopolite (dite fordiste). Ce qui est en cause ici ce sont les bases du rapport salarial, de l'accumulation et de la régulation (étatique notamment). Pour Paul Sweezy l'analyse de la crise doit passer par l'explication de l'interdépendance existante entre la stagnation, l'inflation, et l'explosion et l'instabilité financières; d'autre part, si l'expérience de la crise a montré que la théorie keynésienne se fondait sur une conception faussée de l'économie, la pratique de la politique économique du « voodoo » aux États-Unis donne des résultats nettement négatifs et semble provoquer désillusions et contestations. Sid Ingerman et Gilles Dostaler, qui respectivement s'intéressent à la crise au Canada et au Québec, partent de considérations semblables sur la faillite de ...