Comptes rendus : Moyen-Orient

Ismael, Tarq Y. Iraq and Iran, Roots of conflict. Syracuse (N.Y.) Syracuse University Press, Coll. « Contemporary Issues in the Middle-East », 1982, 240 p.[Record]

  • Louis-Jean Duclos

aussi différemment sur les disciplines universitaires, sur l'industrie, sur les centres de recherche et sur le marché de l'emploi. En ce sens, la méthodologie choisie pour la table-ronde était bonne, à condition de s'en tenir au thème annoncé.

Paule Laberge

Institut d'Histoire et de Sociopolitique des Sciences Université de Montréal

ISMAEL, Tareq Y. Iraq and Iran, Roots of conflict. Syracuse (N.Y.) Syracuse University Press, Coll. « Contemporary Issues in the Middle East », 1982, 240 p.

La révolution iranienne fait frémir le monde: elle réveille les phantasmes antiorientaux de la ci-devant chrétienté; elle inquiète ses plus proches témoins arabes, sunnites et de politique au moins extérieure des plus séculières; elle altère fortement les conditions du marché pétrolier international. Rien d'étonnant donc à ce que éditeurs et auteurs, qui ont légitimement le sens de l'opportunité, aient lancé de nombreux titres sur le marché au cours des toutes dernières années au point que, dans une « bibliographie sélective » notre auteur ne relève pas moins d'une dizaine d'ouvrages de 1979 à 1982. Parmi ceux-ci, vu les circonstances et la brièveté relative de l'expérience révolutionnaire iranienne, peu de magistrale synthèse, ni même de travaux historiques d'ensemble.

Est-ce pour donner l'impression qu'il comblerait cette lacune que Tareq Ismael présente son livre sous un titre aussi général qu'abusif: « Iraq and Iran »? Même l'indispensable sous-titre, à la typographie ici discrète, ne précise et ne restreint qu'insuffisamment le sujet annoncé car s'il s'agit bien de « racines du conflit », comme d'autres ont écrit « les racines de la révolution (iranienne) », il faudra avoir déjà feuilleté l'ouvrage pour constater qu'il s'agit plutôt d'une présentation de documents qui occupent à eux seuls les quatre cinquième du volume. À cette réserve près, qui n'est pas mineure et dont on ne s'attendait pas qu'elle s'appliquât à l'auteur,

d'ouvrages aussi importants et originaux que « Governments and Politics of the Contemporary Middle East », cette publication n'est nullement inutile.

Dans la partie introductive d'une quarantaine de pages les trois types d'antécédents historiques, juridiques et idéologiques dont le conflit irako-iranien s'alimente, sont passés en revue ou du moins devraient l'être.

L'analyse historique était sans doute la plus facile à mener à bien pour un familier des cultures orientales et des mises en perspective événementielles. C'est aussi la plus copieuse et la plus réussie, puisque le lecteur moyennement averti des chroniques diplomatiques de la région aura la satisfaction d'y repérer quelques situations aussi marquantes sur place que facilement oubliées. Ainsi l'autonomie de fait de l'Arabistan/Khouzistan traduisant aux 16 et 17e siècles l'équilibre, en ce lieu, des puissances ottomane et safavide, cédait devant la passion de cette dernière dès qu'elle avait les moyens de satisfaire une irrépressible attirance vers la Mésopotamie qu'il lui arriva d'occuper jusqu'à Basra (1776-1779).

Ce n'est cependant qu'en 1847 avec la signature du traité d'Erzerum imposé par les compères russes et britanniques que le conflit frontalier du Chott al-Arab entre dans une actualité qui ne semble dépassée que depuis la présente guerre. Dès lors, les différents ajustements frontaliers intervenus (protocole de Constantinople, 1913; traité irako-iranien, 1937 dénoncé par l'Iran en 1969) ont toujours tendu à l'application de la règle internationale du Thalweg (frontière internationale fluviale passant à l'endroit le plus profond du cours d'eau) jusqu'à ce que Saddam Hussein, déjà chef du régime irakien en accepte l'application en 1975 (traité d'Alger). Malheureusement pour la ...