Comptes rendus : Chine

Tung, Rosalie L.; Chinese Industrial Society after Mao, Lexington (Mass.), Lexington Books, 1982, 379 p.[Record]

  • André Joyal

ces deux éléments figuraient dans la recette préconisée par la ligne révolutionnaire dirigée par le Président Mao et leur application doit fournir la preuve de leur efficacité. À l'ensemble des pays de la périphérie à s'en inspirer! L'auteur apprend ainsi à ses lecteurs que les capacités de la Chine lui permettent de répondre à ses besoins nationaux dans tous les domaines et à tous les niveaux techniques (p. 41), que l'affectation autoritaire et administrative à l'emploi n'y a pas cours, que les régions agricoles, même les plus pauvres, ignorent la mendicité.

Le même optimisme de nécessité porte l'auteur à affirmer que la stratégie poursuivie depuis l'automne 1976 continue celle menée depuis trente ans : il ne peut en être autrement puisque c'est la seule voie juste et féconde. À la monochromie du rouge révolutionnaire réalisée en Chine doit répondre l'expansion de son seul modèle dans toutes les campagnes du monde, quelles que soient les hétérogénéités des pays qui forment la périphérie sous-dé veloppée.

L'absence de rupture dans la stratégie suivie par les dirigeants chinois qu'énonce l'auteur constitue une thèse tout à fait défendable mais pour d'autres raisons que celles qu'il met en avant. Comment croire en effet que malgré certaines imperfections dans l'exercice démocratique des pouvoirs que reconnaît l'auteur, c'est parce que le peuple détient le pouvoir en Chine que l'évolution vers le modèle du capitalisme périphérique qui compromettrait l'indépendance nationale est impossible et que, de même, le choix du modèle étatique est exclu étant donné qu'il impose une orientation de la production non conforme aux intérêts du peuple. La variante du développement capitaliste-étatique suivie dans les pays de culture confucéenne comme le Japon et la Corée du Sud que cite l'auteur sans s'y attarder, mériterait sans doute plus d'attention, ne serait-ce que parce qu'elle a fleuri à Taiwan.

Le but premier des dirigeants chinois, communistes révisionnistes ou révolutionnaires est et a été depuis 1949 de conquérir l'égalité et l'indépendance de leur pays dans tous les domaines; les oscillations de lignes

ont été, bien plus que des changements de stratégie, des choix de tactiques qui ont été suivis de rectification de leurs excès. L'égali-tarisme et la lutte des classes comme le développement des forces de production à partir des pôles les plus avancés et la paix sociale ont été des moyens utilisés par prédilection et en alternance pour atteindre aussi rapidement que possible la liberté totale de manoeuvre des dirigeants et la souveraineté illimitée du pays. L'ouverture au camp socialiste en 1949 comme l'ouverture en 1978 aux pays économiquement les plus développés, malgré le discours d'auto-suffisance, sont contenues et leurs conséquences maîtrisées car l'objectif reste à titre prioritaire de renforcer l'autonomie nationale. La continuité est en effet remarquable mais elle dure depuis bien plus de trente ans ; elle perpétue la politique traditionnelle de la Chine. Il peut être utile de rappeller le programme de Sun Yat-sen, son plaidoyer en faveur de l'ouverture aux échanges économiques et scientifiques et sa conception particulière de l'impérialisme, phénomène politique causé par un nationalisme en expansion bien plus que conséquence d'une volonté d'exploitation économique d'autres pays ou d'autres peuples.

Marthe Engelborghs Bertels

Centre d'Étude des Pays de l'Est Université Libre de Bruxelles

TUNG, Rosalie L. ; Chine se Industrial Society after Mao, Lexington (Mass.), Lex-ington Books, 1982, 379 p.

Depuis la mémorable rencontre entre pongistes américains et chinois, il s'est beaucoup écrit sur la Chine ...