Comptes rendus : Théories, idéologies et problèmes internationaux

GIESEN, Klaus-Gerd. L'éthique des relations internationales : Les théories anglo-américaines contemporaines. Bruxelles, Établissements Emile Bruylant, Coll. « Organisation internationale et relations internationales, no. 24 », 1992, 416 p.[Record]

  • Alfredo C. Robles

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  • Alfredo C. Robles, Jr.

Études internationales, volume xxiv, n° 3, septembre 1993

2. COMPTES RENDUS

THÉORIES, IDÉOLOGIES SE PROBLÈMES INTERNATIONAUX

Giesen, Klaus-Gerd. L'éthique des relations internationales : Les théories anglo-américaines contemporaines. Bruxelles, Établissements Emile Bruylant, Coll. «Organisation internationale et relations internationales, no. 24», 1992, 416 p.

Il y a déjà longtemps Alfred Grosser s'était demandé si l'étude des relations internationales était une spécialité américaine. De nos jours la question demeure posée, même s'il faut parler plutôt de théories anglo-américaines. En effet, trop souvent la réaction des spécialistes du Vieux continent, face à un corpus dont ils ne peuvent saisir la portée en raison de leur formation historique et juridique, est celle d'un rejet pur et simple de toute réflexion théorique. Heureusement telle n'est pas l'attitude de notre auteur, qui constate d'emblée la richesse d'une tradition anglo-américaine de pensée éthique sur les relations internationales et se propose donc de «réveiller» les spécialistes du continent afin de donner une impulsion à leurs recherches. L'ouvrage est conçu non seulement comme un moyen pour promouvoir le dialogue avec la tradition anglo-américaine, mais également comme une contribution à la recherche d'une voie susceptible de faire sortir la philosophie américaine de l'impasse postmoderniste dans laquelle elle s'est engagée (pp 323-325).

Le postulat qui sous-tend l'ouvrage est que toute théorie des rela-

tions internationales comporte une dimension éthique, bien qu'elle reste souvent implicite; ainsi la distinction positiviste entre la théorie empirique et la théorie normative est-elle récusée (pp. 8-9). Plutôt que de se livrer à une étude sociologique l'auteur privilégie la réflexion épis-témologique - comment peut-on formuler des énonciations sur l'éthique des relations internationales ? (pp. 2, 9). L'ouvrage est divisé en trois parties, sur la base de trois paramètres : espace paradigmatique, temps périodique, et l'interface disciplinaire (p. 17). La première partie trace la genèse et l'hégémonie des paradigmes réalistes, dans la période 1939-1967. Prenant le contre-pied des interprétations courantes l'auteur soutient que sous l'unité para-digmatique du réalisme se cachent en fait non pas un, mais trois paradigmes éthiques: outre le scepticisme, il y a aussi l'empirisme et le conséquentialisme. Dans la deuxième période (1967-1977) les philosophes situés en dehors de la discipline des relations internationales entreprennent une «critique rationaliste» du réalisme; on voit alors apparaître un nouveau paradigme d'inspiration kantienne qui se joignait à l'autre adversaire du réalisme le paradigme de droit naturel Depuis 1977 deux tendances se dessinent: d'une part une restauration néo-réaliste purgée des éléments les plus extrémistes de l'éthique réaliste pour la rendre plus respectable; et d'autre part l'éclatement de la phi-losoohie sous l'empire du postmo-

Cette brève recension ne saurait rendre compte de la grande richesse de cet ouvrage. Par son em-

ploi de l'approche historique, il apporte un correctif salutaire au manque d'autoréflexivité dont souffre le positivisme logique. L'érudition de l'auteur lui permet d'exposer avec brio l'influence qu'ont exercée sur les réalistes «classiques» Max Weber, Friedrich Meinecke et Cari Schmitt (pp. 38-62) ; les explications consacrées à la tradition kantienne sont limpides (pp. 162-186); et l'exposé succinct du postmodernisme est d'une grande clarté (pp. 308-313). Grâce aux recherches quasiment exhaustives menées par l'auteur, les approches des disciplines les plus diverses sur des thèmes tels que la dissuasion nucléaire et la justice distributive sont éclairées. Enfin une bibliographie systématique, un index des noms et un index des matières, bref tout l'apparat critique auquel les universitaires de formation anglo-américaine sont habitués mais qui font souvent défaut aux ouvrages en langue ...