Comptes rendus : Études stratégiques et militaires

BERGER, Thomas U. Cultures of Antimilitarism : National Security in Germany and Japan. Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1998, 269 p.[Record]

  • Christian Lechervy

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Etudes internationales, volume xxxi, n° 1, mars 2000

diens, faite par un Canadien, aurait pu donner un exercice biaisé. L'auteur évite ce piège du favoritisme et les Casques bleus de I'onu, toutes nationalités confondues, reçoivent des commentaires tantôt positifs, tantôt négatifs appropriés à leur niveau de compétence ou d'incompétence. La couverture du travail des Casques bleus est cependant incomplète, puisqu'il n'y est à peu près pas fait mention de la participation des militaires japonais, irlandais, allemands et néo-zélandais.

Il s'agit toutefois de lacunes bien mineures pour un contenu aussi riche d'information. Il est toutefois malheureux que l'édition du livre ne soit pas à la hauteur de son contenu. De trop nombreuses fautes de frappe brisent le rythme et agacent le lecteur. De plus, étant donné le nombre considérable de lieux, de missions et d'individus cités dans le texte, la présence d'un index était indispensable et son absence se fait cruellement sentir. Le livre perd ainsi une grande partie de son potentiel d'ouvrage de référence, ce qui est dommage.

Manon Tessier

Chargée de recherche

Institut québécois des hautes études internattonales

ÉTUDES STRATÉGIQUES ET MILITAIRES

Cultures of Antimilitarism :

National Security in Germany

Berger, Thomas U. Baltimore,

Thejohns Hopkins University Press,

1998,269 p.

Explorant la culture politico-militaire de l'Allemagne et du Japon

de l'après-guerre, T.Berger est convaincu que les décideurs du Congrès et du Pentagone qui critiquent souvent avec amertume le manque de solidarité militaire de ces Alliés, sous-estiment un élément essentiel : la profondeur de la culture antimilitariste des sociétés d'outre-Atlantique et d'outre-Pacifique. Pour faire émerger cette réalité, il se fait tour à tour historien des idées politiques et observateur attentif de l'action internationale des deux États depuis 1945. La démonstration de l'enseignant new-yorkais est plus ambitieuse encore ; il veut démontrer comment les deux États ont réussi leur transition politique d'une culture martiale vers un anti-militarisme consubstantiel à leur projet politique.

L'axiome est séduisant mais, du côté allemand, bon nombre de postulats du raisonnement sont, aujourd'hui, battus en brèche par les actions militaires entreprises dans les Balkans en général et au Kosovo, en particulier. Certes, les difficultés d'une solidarité en action lors de la guerre du Golfe ne se fit pas sans mal et avec des moyens limités. Cependant, les avancées obtenues à cette occasion, n'ont plus jamais été remises en cause depuis. La Bosnie en fut le premier théâtre d'essais et la dernière crise kosovare les confirma. Le changement de majorité parlementaire au Bundestag ne fut même en rien un obstacle à la décision de participer avec des moyens aériens et terrestres aux opérations de guerre contre Belgrade.

La culture antimilitariste allemande est donc loin d'être aussi figée que ne le craignent ceux qui attendent de l'Allemagne un rôle sur la scène internationale à la mesure de

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son poids économique ou de ceux qui souhaitent faire valoir cet argument pour redéfinir le burden sharing transatlantique et obtenir des compensations budgétaires de Berlin. En outre, l'auteur mésestime combien le principal allié européen de l'Allemagne, la France, souhaite lui aussi, cette évolution et l'entraîne peu à peu vers des actions militaires communes tout au moins en Europe comme en témoignent l'engagement de la brigade franco-allemande en Bosnie ou encore le déploiement d'une force d'extraction européenne en Macédoine. Même s'il persiste en Allemagne de réelles appréhensions à de telles opérations qui peuvent être terriblement meurtrières pour les armées, toutes les réticences et les hésitations ne sont pas que de ...