Comptes rendus : Amérique Latine et Caraïbes

AUGUSTE, Marcel B. La république d'Haïti et la Deuxième Guerre mondiale. Québec, 1998, 368 p.[Record]

  • Nicole Boucher

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Etudes internationales, volume xxxi, n° 1, mars 2000

politique chinoise de Berlin comme celle de Paris. En outre, une participation allemande aux programmes à venir de fusion du renseignement et de renforcement des capacités satel-littaires européennes ne serait être sans conséquence sur la manière dont l'administration voire l'opinion publique appréhenderont les modes de prévention et de gestion des crises. À n'en pas douter, même dans le cas japonais, de tels instruments à la disposition du Boisho et du Gaimusho modifieraient la culture nippone de l'action politique à l'étranger, plus encore si Tokyo est devenu un membre de plein exercice du Conseil de sécurité des Nations Unies. En attendant, une chose est sûre. Si Berlin et Tokyo sortirent ensemble défaits de la Seconde guerre mondiale, leur réinsertion dans leur espace politico-militaire national, régional et international se fait selon des trajectoires bien différentes. Vu d'Europe, leur culture militaire diverge plus qu'elle ne converge vers un mode « antimilitariste ».

Christian Lechervy

INALCO Pdvis

AMÉRIQUE LATINE ET CARA�?BES

La république d'Haïti et la Deuxième Guerre mondiale.

Auguste, Marcel B. Québec, 1998,368 p.

Grâce à une longue expérience de la recherche historique sur la république d'Haïti, l'auteur nous trace dans les détails l'action d'Haïti sur la scène internationale durant la dernière guerre mondiale. Une abondante fouille documentaire - à partir de journaux, mais aussi des documents offi-

ciels de l'époque produits par le gouvernement haïtien ou par le corps diplomatique international - permet à l'auteur de dresser un tableau aussi complet que possible de l'action des divers acteurs publics tels que les gouvernements, les chefs d'État, mais aussi les médias, l'opinion publique et même l'opposition.

Il démontre ainsi la grande complexité mais également comment, petit à petit, la dernière grande guerre fut «l'occasion» idéale pour installer - avec la complicité et le support concret des États-Unis surtout, de la France et des pays alliés - une « dictature légale » à l'intérieur du pays. C'ess à travers le relevé, chapitre par chapitre, des diverses questions internationales qu'Haïti a eu à traiter à l'époque que le lecteur découvre, sans que l'auteur le signale explicitement, le processus concret « d'engendrement » d'une politique intérieure fondée sur l'ordre d'abord et avant tout.

Pour ce faire, l'auteur situe d'abord la notion de guerre mondiale en insistant sur le fait qu'en réalité, elle a été déclenchée en 1938 avec la guerre de la Chine et du Japon. Ensuite, dans les deux premières parties, il reprend, étape par étape, la question juive, la question tchécoslovaque, la neutralité haïtienne et la déclaration de guerre d'Haïti, suite à Pearl Harbour en 1941. L'auteur insiste sur la vulnérabilité du pays plongé dans une crise économique majeure, mais aussi sur sa grande perspicacité pour « défendre ses intérêts » économiques et politiques à l'étranger.

La troisième partie est consacrée aux problèmes économiques et financiers. Malgré le fait que le peuple arri-

vait très mal à se nourrir, le maintien et même la modernisation de la production pour l'exportation ou pour des raisons de sécurité militaire prouvent, selon l'auteur, qu'Haïti a fait son effort de guerre tout en sachant tirer parti de la situation.

Les trois parties suivantes concernent le traitement réservé à diverses populations : les Haïtiens en Europe, les étrangers en Haïti, les Français d'Haïti. La description de l'opposition acharnée entre une élite économique allemande bien installée au pays et une communauté française œuvrant surtout dans les secteurs éducatif et religieux, mérite toute notre ...