Comptes rendus : Asie du Sud

JAFFRELOT, Christophe. La démocratie en Inde : Religion, caste et politique. Paris, Fayard, Coll. « L'espace du politique », 1998, 328 p.[Record]

  • Gilles Boquerat

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Etudes internationales, volume xxxi, n° 1, mars 2000

que ce soit avec l'exemple argentin ou brésilien. Ce dernier cas est particulièrement bien évoqué en raison de sa fragilité particulière comme le montre la crise de sa monnaie depuis l'automne 99. L'auteur a donc raison d'écrire que la grande vulnérabilité des économies latino-américaines s'explique par leur dépendance envers les flux financiers internationaux rendus incontrôlables par la déréglementation. N'a-t-il pas autant raison de rappeler que si le néolibéralisme n'a pas créé la crise dans laquelle l'Amérique latine est enfoncée, il est permis de douter qu'il puisse en être la solution.

André Joyal

Département d'économie

Université du Québec à Trois-Rivières, Canada

ASIE DU SUD

La démocratie en Inde : Religion, caste et politique.

JaffrelotT Christophe. Paris, Fayard,

Coll. « L'espace du politique »»

1998,328 p.

L'Inde est un des rares pays du tiers-monde dans lequel la démocratie a pris racine. Dans cet ouvrage, Christophe Jaffrelot s'emploie avec force conviction à nous démontrer que cette spécificité repose sur des affinités électives avec la pratique démocratique qui doit non seulement à la greffe britannique, mais aussi à plusieurs traits de la civilisation indienne. Certains, à commencer par les nationalistes hindous, ont même eu beau jeu de prétendre que ce système politique n'était pas exogène, puisqu'il trouvait ses origines même dans l'antiquité védique. L'État colonial, avec les réformes de 1909, 1919 et 1935, a

prêté la main à l'émergence d'un régime parlementaire, même imparfait, en permettant à un nombre croissant d'Indiens de faire l'apprentissage de la démocratie grâce à une plus grande délégation des pouvoirs, à l'assouplissement des conditions du cens électoral, à l'inflation des électorals séparés ou encore à la participation active des formations politiques aux élections de 1937.

Le parti du Congrès eut évidemment un rôle important dans la politisation de la société indienne en aidant à rapprocher l'État de la société, notamment à travers les campagnes de mobilisation populaire menées par Gandhi. L'adoption du système parlementaire de type britannique n'était pas pour autant acquis au moment de l'accession à l'indépendance car il était en concurrence avec le modèle gan-dhien de démocratie directe, sous la forme «villages-républiques » idéalisés. Si l'adoption du modèle nehruiste s'inspirant du libéralisme anglais l'emporta finalement, l'impact de Gandhi, de par la tolérance qu'il prôna, sur la construction d'un idéal démocratique ne peut être sous-évalué. Gandhi inscrivit son action dans le cadre de la tradition hindoue qui veut qu'il y ait une séparation entre le pouvoir temporel dévolu au kshatriya et l'autorité spirituelle impartie au brahmane supposée favoriser le pluralisme en créant une forme de dichotomie au sommet de l'État qui permit de relativiser le pouvoir du souverain Une des particularités de Gandhi est d'avoir joué de ces deux registres alternativement figure politique et personnalité religieuse La sacralisation de l'idiome de la sainteté et de la pureté morale qu'il représenta et dans le prolongement

de laquelle s'inscrivit par exemple Jayaprakash Narayan, favorisa la démocratie en prévenant les risques de dérive autoritaire du pouvoir temporel et en mettant l'accent sur la décentralisation de celui-ci et sur la cohésion sociale s'inspirant du modèle, moins démocratique, des varna. Que l'État n'ait pas été par le passé le dépositaire d'un pouvoir fort se vérifiait également avec la fltna aristocratique qui obligeait le détenteur du pouvoir à perpétuellement chercher des compromis avec des potentats locaux, fragilisant du même coup les constructions ...