Comptes rendus : Théories, idéologies et méthode

HAINE, Jean-Yves (dir.). Rationalités et relations internationales (1). Débats sur la crise des missiles de Cuba. Cultures et Conflits, Sociologie politique internationale, Paris, L'Harmattan, 2000,167 p.[Record]

  • Nelson Michaud

COMPTES RENDUS

THÉORIES, IDÉOLOGIES ES MÉTHODE

Rationalités et relations

internationales (1). Débats sur la

crise des missiles de Cuba.

Haine, Jean-Yves (dir.). Cultures es

Conflits, Sociologie politique

internationale, Paris, L'Harmattan,

2000,167 p.

La lecture de ce numéro spécial

de Cultures & Conflits, premier de

deux portant sur les rationalités et les relations internationales, a de quoi nous réjouir de prime abord. 11 rend enfin disponible en langue française un volet fort important de l'analyse décisionnelle qui, pour des raisons obscures et à quelques exceptions près, s'est cantonné depuis plus de trente ans au monde anglo-saxon. Les modèles proposés par Graham Allison ont en effet très peu percé le monde francophone alors que leur notoriété et leur utilisation sont devenues des incontournables dans l'analyse de la politique étrangère et des relations internationales d'abord, mais aussi dans l'étude de moult autres disciplines un peu partout ailleurs. Dans le contexte de ce numéro, l'éclairage que peut apporter la tradition française en matière d'analyse de politique étrangère promet donc une lecture de ces modèles à partir d'un angle en principe tout aussi original que

prometteur, s'apparentant à une «pollinisation croisée». En prenant la direction de ce numéro, Jean-Yves Haine, qui se présente comme ayant déjà enseigné à I'iep de Paris et à Harvard, propose donc de « revisiter les débats liés à la théorie du choix rationnel tel qu'il est appliqué en relations internationales» (p. 8). Il s'agit d'un mandat fort ambitieux pour lequel il sera intéressant de vérifier l'atteinte des résultats.

Pour ce faire, il nous présente trois articles précédés d'une introduction dans laquelle il établit que la plupart des personnes intéressées aux questions de politique étrangère, de l'analyste le plus versé jusqu'au citoyen le plus néophyte, y répondent en privilégiant une approche rationnelle. En quelques paragraphes, il situe la place de cette approche dans l'évolution de l'étude des relations internationales dans une perspective qui ouvre la porte aux textes des deux numéros de la revue portant sur le sujet.

Dans le premier tome ici analysé, Haine signe également le plus volumineux des trois articles qu'il a intercalé entre celui de Graham Allison et Philip Zelikow et celui d'Erhard Friedberg. D'entrée de jeu, le rassemblement de ces auteurs a de quoi impressionner par l'arrimage qui semble être optimal, comme j'ai eu l'occasion de le démontrer par ailleurs (Genèse d'une politique syncopique : :a défense ed Canada et le livre blanc de 1987 ; thèse de doctorat, Université Laval, 1998 ; en voie de

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Études internationales, volume xxxm, n° 1, mars 2002

publication). En effet, autant Allison (Essence of Décision) que Crozier et Friedberg {JJctcteur et le système) font appel, dans leurs travaux, à des acteurs engagés dans des réseaux ou des systèmes d'action qui mènent à des prises de position qui se refléteront, par le biais des décisions convenues, dans les politiques émanant de cette dynamique.

Cet élan d'enthousiasme est cependant vite tempéré. En effet, l'« article » d'Allison et Zelikow n'est autre chose que la traduction du premier chapitre de la récente réédition d'Essence oj Décision ee tn cc eens ne mérite pas de nouveaux commentaires par rapport à ceux que j'ai déjà formulés à l'égard de l'ensemble de l'ouvrage (Études internationales, juin 1999). Le choix de ce chapitre peut sans doute s'expliquer, du point de vue du directeur de la publication, par sa pertinence dans l'optique d'une réflexion sur la rationalité. Il s'agit en ...