Comptes rendus : Théories, idéologies et méthode

NYE Jr. Joseph et John D. DONAHUE (dir.). Governance in a Globalizing World. Washington, DC, Brookings Institute Press, 2000, 386 p.[Record]

  • Talbot Imlay

Études internationales, volume xxxm, n° 1, mars 2002

pas la deuxième approche d'Allison qui fait appel à la nature collégiale du gouvernement (p. 90), mais bien la troisième), quelques contradictions (par exemple à la page 92 au sujet de la transparence et de la ligne d'autorité des régimes démocratiques ou autoritaires), et quelques généralisations un peu rapides : « plus l'acquisition d'information est large, plus le nombre de conseillers est grand et meilleures sont les décisions » (p. 92). Cette démonstration se termine par une évaluation peu généreuse du modèle à la base même de la réflexion invitée par ce numéro lorsque Haine affirme que les modèles d'Allison « ne doivent pas être considérés comme autre chose que ce qu'ils sont : des tentatives commodes et habiles de formalisation dont l'application demeure imparfaite. Ils offrent des applications plausibles, mais largement artificielles » (p. 149). Ce qui peut être perçu comme une critique de bon aloi, ressort plutôt comme un pied bancal dans la démonstration, car on voit ici l'auteur délaisser l'approche rationnelle, même limitée, pour faire ressortir que ce sont les perceptions que les leaders ont du prestige et du rang de leur pays qui prévaut. Non seulement passe-t-on du rationnel à l'émotionnel, mais on revient sans ambages à l'importance de l'État comme acteur international, approche pourtant largement honnie tout au long de l'article.

Enfin, Haine complète ce numéro par une bibliographie sélective qui porte essentiellement sur la crise des missiles d'octobre 1962 et non sur l'approche décisionnelle rationnelle comme le claironne pourtant l'ensemble du numéro. Seulement par rapport aux critiques faites des

modèles d'Allison, il existe pourtant une brochette impressionnante d'articles dont il n'est nul fait mention ici (pour une recension de ceux-ci, voir N. Michaud, Revue canadienne de science politique, ,uin 2001)) La bibliographie constitue donc un autre rendez-vous raté de ce numéro.

Peut-on alors conclure que Haine a réussi à « revisiter les débats liés à la théorie du choix rationnel tel qu'il est appliqué en relations internationales » ? Malheureusement, à la lumière des lacunes que je viens de souligner, le directeur de la publication tombe à court de ses ambitions. Qui plus est, l'impression générale d'un texte de son cru qu'il tenait à faire passer, bien enveloppé à ses deux extrémités par des experts du domaine, est trop forte pour demeurer inaperçue. Il est dommage que cet apport qui aurait pu être fort positif, se limite à quelques éléments qu'on ne doit toutefois pas pour autant négliger, une fois que le contexte général de la contribution aura été pris en considération.

Nelson Michaud

École nationale d'administration publique Québec

Governance in a Globalizing World.

Nye Jr. Joseph et John D. Donahue

(dir.). Washington, dc, Brookings

Institute Press, 2000, 386 p.

Il sera difficile de trouver un sujet plus en vue actuellement que celui de la globalisation. Ce phénomène se présente comme une force irrésistible qui emporte tout devant lui. Le monde, semble-t-il, est de plus en plus connecté, l'information, les biens et les gens circulent à travers le globe avec

plus de facilité et de rapidité et avec peu d'égard pour les frontières nationales ou culturelles. Or, la globalisation soulève une question aussi urgente que difficile : comment gérer ce phénomène, comment le gouverner ? Mentalement, on habite toujours dans un système organisé autour des États-nations dont la souveraineté nationale reste centrale, mais la globalisation, par son étendue et ses processus extra-nationaux, remet en question précisément ce système. Comment s'assurer que la globalisation ne provoque pas de l'instabilité ...