Comptes rendus : Études stratégiques et militaires

ROCHE, Jean-Jacques. Quelles politiques de sécurité pour l'après-guerre froide ? Une approche réaliste de la sécurité à l'aube du XXIe siècle. Montréal, Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Les Cahiers Raoul-Dandurand n°5, avril 2001, 23 p.[Record]

  • Jérôme Montés

avec des cas plus récents et des critères de falsification plus rigoureux. Les questions soulevées, donc, ainsi que les explications d'ordre théorique des perceptions des acteurs sont importantes et bien menées dans ce cas-ci, malgré certaines faiblesses mentionnées.

Jean-Sébastien Rioux

Chaire de recherche du Canada en sécurité

iqheiI Université Laval, Québec

Quelles politiques de sécurité

pour l'après-guerre froide ? Une

approche réaliste de la sécurité à

l'aube du xxie siècle.

Roche, Jean-Jacques. Montréal, Chaire

Raoul-Dandurand en études

stratégiques et diplomattques, ,es

Cahiers Raoul-Dandurand n°5, avril

2001,23 p.

L'effondrement du système bipolaire exige de repenser les questions de sécurité. Or, loin de faire table rase du passé, le professeur Jean-Jacques Roche préconise plutôt d'adapter le cadre d'analyse réaliste à la nouvelle donne internationale. Cette note de recherche est donc présentée comme une plaidoirie en faveur des grilles de lecture anciennes de la sécurité. L'auteur n'hésite pas à s'appuyer sur d'éminents spécialistes de ces questions, aussi bien francophones (Raymond Aron, Bertrand Badie, Didier Bigo, Philippe Delmas, Zaki Laïdi, Pierre de Senarclens), qu'anglo-saxons (Barry Buzan, Richard Falk, Johann Galtung, Kalevi Holsti, Paul Kennedy, Joseph Nye, Suzan Strange, Kenneth Waltz) pour étayer ses propos. Le raisonnement se nourrit, aussi, des principaux événements de l'histoire des relations internationales :

la guerre de Trente ans, le pacte Briand-Kellog, l'explosion de la première bombe atomique, l'occupation du comptoir portugais de Goa par les troupes indiennes, la guerre du Vietnam, l'invitation de Yasser Arafat à I'onu, le conflit nord irlandais, la dislocation de I'urss, la guerre du Golfe, le conflit du Nagorni-Karabakh ou la prise d'otages de Jolo. Synthétique, la réflexion allie la clarté à la précision. La présentation très structurée du texte (trois parties, avec chacune deux sous-parties) lui confère une incontestable vertu pédagogique. L'effort est d'autant plus louable que la question traitée est complexe.

L'auteur s'attache à mettre le lecteur en garde contre « les oripeaux de la post-modemité qui transforment de vieilles lunes en idées neuves ». La méthode retenue par Jean-Jacques Roche consiste à se demander si ce n'est pas le regard que nous portons sur la violence, et non la violence elle-même, qui a changé. Repenser les politiques de sécurité, pour Jean-Jacques Roche, c'est adapter les anciennes références aux nouveaux défis du système international contemporain. L'approche choisie prend donc en considération les nouvelles problématiques qui accompagnent l'évolution de la situation stratégique internationale, tout en réfutant la vacuité de l'approche réaliste.

L'auteur, après avoir rappelé la forte contestation dont fait aujourd'hui l'objet l'approche réaliste, commence par présenter les nouvelles grilles d'analyse de la sécurité. Le premier chapitre est consacré aux discours qui s'articulent autour de l'idée de diffusion des risques et de transformation de la guerre. Reprenant les

Études internationales, volume xxxm, n° °1 mars 2002

travaux de Barry Buzan sur le concept de « sécurité sociétale », et de Johann Galtung sur la domination économique, l'auteur insiste sur le caractère diffus des « nouveaux » risques. 11 reprend, ensuite, les analyses de Philippe Delmas sur « le bel avenir de la guerre » et de Khalevi Hoslti sur les « conflits de troisième type » qui, parce qu'elles considèrent que le monopole des enjeux de sécurité échappent à l'État, mettent à mal le modèle webérien. Le second chapitre relativise le caractère inédit de la violence dans l'après-guerre froide. Il dénonce l'aveuglement idéologique et la méconnaissance de l'ère bipolaire de ceux qui ne font que reprendre des thèses anciennes et feignent de croire que ...