Comptes rendus : Europe

SIDJANSKI, Dusan. The Federal Future of Europe. From the European Community to the European Union. Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2000, XXV, 462 p.[Record]

  • Alice Landau

The Fédéral Future of Europe.

From the European Community to

the European Union.

Sidjanski, Dusan. Ann Arbor, The

University ofMichigan Press, 2000,

xxv, 462 p.

L'objectif de l'auteur est annoncé dès le titre : l'Europe doit devenir fédérale. L'auteur ne cache pas sts préférences. Le fédéralisme est le gouvernement du futur. 11 dit lui-même être convaincu qu'aussi bien pour l'Europe, centrale, de l'Est ou du Sud, une communauté fédérale forte, capable d'assumer ses responsabilités européennes et internationales, et qui puisse servir de référence à l'Europe de l'Est est nécessaire. La perspective fédérale sert donc de fil conducteur au travers de cet ouvrage riche et dense. La route vers le fédéralisme est jalonnée d'événements manques. L'auteur apporte un éclairage précis sur ces opportunités manquées : celles de Michel Debré par exemple qui, dès 1950, dans son projet de pacte pour une union d'États européens avance la thèse d'un modèle fédéraliste et présidentiel. Il est surprenant de constater que dans les années cinquante, avant même l'échec retentissant de la communauté européenne de défense, Michel Debré estimait que la défense devait être la première composante d'une union. Pourtant, il faudra attendre le traité de Maastricht pour qu'enfin Tue se dote d'une politique européenne de défense et de sécurité. La communauté devrait se doter d'un président élu au suffrage universel, elle devrait être assistée par un sénat et le contrôle politique de tous les organes être aux

mains d'une assemblée des nations européennes élue, elle aussi, au suffrage universel direct.

Jean Monet également défendait une communauté fédérale au sein de laquelle les États mettraient en commun leurs ressources et sauvegarderaient leur diversité. La communauté européenne de défense dont l'avenir devait tourner court, reflétait aussi les idées d'une fédération européenne. Jean Monet était déterminé à parachever une fédération européenne au moyen d'une approche sectorielle pragmatique : la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Le concept était alors beaucoup plus téméraire que les idées appliquées par le Conseil européen de Rome en 1990. L'auteur s'arrête aussi à Denis de Rougemont et il apporte un éclairage plus intime sur un homme qu'il a si bien connu à Genève. Dès 1947, Denis de Rougemont établissait six principes qui devraient gouverner une Europe fédérale : l'abandon de l'hégémonie organisa-tionelle, l'abandon de l'obsession des systèmes. Le fédéralisme signifie tout simplement s'organiser ensemble. Le fédéralisme ignore le problème des minorités et il efface les diversités tout en sauvegardant les qualités individuelles. En Suisse, le système d'élections au Conseil des États assure que les minorités sont représentées. Le fédéralisme approuve la complexité. La Suisse offre encore un exemple de ce principe. La Suisse se compose d'une multitude d'unités politiques, administratives, culturelles, linguistiques et religieuses qui ne partagent pas les mêmes frontières. Le fédéralisme enfin est le produit d'une chaîne de personnes. 11 s'en nourrit

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Études internationales, volume xxxm, n° 1, mars 2002

même. Les mouvements de masse forcent la main des gouvernements. Un principe qui devrait inspirer les hommes politiques actuels et tous ceux qui regrettent que Tue soit si loin de ses citoyens.

L'auteur passe en revue la longue liste de tous les projets qui ont jalonné la construction communautaire et qui n'ont jamais été totalement oubliés. Plusieurs idées soulevées dans les plans Pleven, Fouchet ou Tindemans ont été par la suite réincorporées par la communauté. Un des atouts indiscutables de cet ouvrage est d'analyser tous les projets avec minutie. Beaucoup d'ouvrages ...