Avant-propos[Record]

  • Jean-Sébastien Rioux

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  • Jean-Sébastien Rioux
    Chaire de recherche du Canada en sécurité internationale
    iqhei, Université Laval

Une des questions que les étudiants et spécialistes en relations internationales se posent depuis plus d’un an pourrait se résumer ainsi : le 11 septembre représente-t-il une rupture en relations internationales, un événement transcendant qui changera fondamentalement la donne géopolitique ? C’est apparemment bien le cas en ce qui concerne les États-Unis d’Amérique : « l’après-11 septembre » semble effectivement en mesure de devenir le nouveau principe organisateur de la politique étrangère et interne de ce pays, remplaçant ainsi la lutte au communisme de l’époque de la guerre froide. Dans les minutes qui ont suivi les attentats terroristes, le Canada a, bien malgré lui, été un participant au drame lorsque la frontière fut bloquée et qu’il accueillit, entre autres, des dizaines de milliers de voyageurs. Mais à long terme, que pourrions-nous dire ? Le 11 septembre aura-t-il un impact aussi important pour le Canada? Nous tentons, dans ce numéro spécial de la revue Études internationales, de faire un bilan des conséquences sur les politiques internes et particulièrement sur le rôle international du Canada dans l’après-11 septembre. Cette série d’articles exploratoires tire son origine du panel intitulé « Les nouveaux défis de la politique étrangère du Canada » que nous avons organisé dans le cadre du colloque annuel de l’Association canadienne de science politique qui eut lieu à l’Université de Toronto le 31 mai 2002. Les textes de Andy Cooper, Nelson Michaud, Stéphane Roussel et Jean-Sébastien Rioux ont ainsi vu le jour sur ce panel ; les textes d’Evan H. Potter et de Paul Gecelovsky furent présentés au même colloque mais dans le cadre d’autres activités. Nous trouvions néanmoins qu’ils complétaient bien la réflexion que nous avions entamée et nous remercions l’ensemble des participants pour leur contribution à ce projet, particulièrement Kim Nossal qui a pris le temps d’écrire une excellente introduction pour ce numéro spécial. Deux mois après le colloque, les auteurs eurent le temps de faire quelques révisions et le directeur de la revue Études internationales, mon collègue Gordon Mace, accepta de me laisser monter ce numéro spécial et ce, malgré le court laps de temps. Je voudrais donc le remercier, ainsi que Claude Basset et Nathalie Caron, de m’avoir aidé à mener à bien ce projet dans de telles circonstances. Je remercie aussi mes auxiliaires de recherche à la Chaire de recherche du Canada en sécurité internationale, Julie Gagné et Jean-Christophe Boucher, pour leur assiduité. Les contributions à cette édition spéciale de la revue Études internationales ont donc pour but d’analyser certaines des problématiques soulevées par les attentats du 11 septembre dans une perspective canadienne. Tout d’abord, Andrew F. Cooper étudie le plan d’action du gouvernement canadien immédiatement après le 11 septembre. Il avance, avec raison, qu’avec le « choc de l’inconnu » se trouvait aussi dans la réponse canadienne « un certain air de déjà-vu ». Cooper démontre comment ce qui est appelé « l’enjeu principal » (the main game) de la politique étrangère canadienne a changé dans les mois qui ont suivi le 11 septembre, le gouvernement cherchant en quelque sorte à trouver une solution rapide au problème de l’importance accrue des questions de sécurité. Ainsi, comme le démontre Nelson Michaud dans son article sur l’importance de la souveraineté dans un monde supposément post-westphalien, les conséquences de la nouvelle quête intensive de sécurité des Américains influeront sur la souveraineté étatique de tous les pays de la scène internationale, ce qui représente un défi particulier pour le Canada étant donné notre proximité avec les États-Unis. Cependant, Michaud affirme que le choix entre « sécurité » et « souveraineté » n’est pas ...