Comptes rendus : Économie internationale

The Economic North-South Divide. Six Decades of Unequal Development.Raffer, Kunibert et H.W. Singer. Northampton ma, usa, Cheltenham, uk, Edward Elgar Publishing, 2001, 293 p.[Record]

  • André Joyal

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  • André Joyal
    Département des sciences de la gestion et d’économie
    Université du Québec à Trois-Rivières, Canada

Voilà un livre susceptible d’intéresser tous ceux qui suivent l’évolution de la coopération internationale. Comme l’indique le titre, le tout a commencé durant le second conflit mondial quand, sous l’instigation de Keynes, on a jeté les bases de ce qu’allaient devenir les fameux accords de Bretton Woods. Les économistes de ma génération ne manqueront pas de reconnaître un auteur qui a meublé leurs lectures de jeunesse. En effet, l’un des co-auteurs, H.W. Singer, du bien connu Institute of Development Studies de l’Université de Sussex, a publié en 1964 son International Development : Growth and Change qui n’a pas tardé à se tailler une place parmi les classiques qui ont marqué l’abondante littérature sur les pays, dits alors sous-développés, du début des années 1960. Il présente ici, avec un économiste de l’Université de Vienne, une synthèse en 14 chapitres, aussi claire, concise que captivante des hauts, et surtout des bas, qu’ont connus les relations entre les pays identifiés aujourd’hui (rectitude politique oblige) suivant leur appartenance à l’hémisphère nord ou sud. À tout seigneur tout honneur, l’ouvrage débute avec l’apport de John Maynard Keynes, le grand maître du Kings College de Cambridge, dont la pensée se trouve ici présentée sous la forme de quatre piliers. Le premier se rapporte à la gestion macroéconomique des variables monétaires et financières sous la direction, on l’aura deviné, d’une banque centrale d’envergure mondiale. Sa responsabilité devant être de favoriser partout le plein emploi en facilitant l’approvisionnement en liquidités. Une idée qui conduisit selon les auteurs à un deuxième pilier, qui lui, à tout le moins, a l’avantage d’être bien concret, soit la création de la Banque internationale de reconstruction et de développement bien connu par son sigle (bird) et qui se fera accompagner de la Banque mondiale. Toujours sous l’influence de Keynes qui s’était fait l’avocat de la stabilisation des prix des produits de base, suivra la mise en place d’un troisième pilier représenté par la création de l’Organisation mondiale du travail. Enfin, le quatrième pilier prit forme avec l’instauration d’un programme d’assistance placé sous l’égide des Nations Unies. Même si leur mise en oeuvre s’éloigna souvent de leurs plans originaux, selon les auteurs, ces piliers ont été les éléments clés d’un système qui a bien servi la communauté internationale jusqu’à son effondrement en1971. Pour eux, il importe aujourd’hui de retourner aux sources en développant cette même vision qu’avaient les maîtres-d’oeuvre en 1942 lorsqu’ils travaillaient à ce que serait le monde une fois Hitler vaincu. Le deuxième chapitre tourne autour d’un problème qu’un de mes professeurs à Louvain désignait comme étant la tarte à la crème des économistes spécialisés en développement international : la détérioration des termes d’échanges. Ici H.W. Singer se trouve au coeur de la question et il ne s’en cache pas puisqu’il s’associe à ce qui est qualifié ici et tout au long du chapitre comme étant la thèse Prebisch-Singer (pst). Plusieurs reconnaîtront ici l’économiste argentin Raul Prebisch qui s’est rendu célèbre durant les années 1960-70 par ses écrits sur la substitution des importations pour justement palier au problème de l’accroissement de la différence entre les prix des matières premières vendues par les pays du Sud et des produits manufacturés importés du Nord. C’est dans ce chapitre qu’on trouve également la non moins célèbre thèse d’Arthur Lewis sur la soi-disant inépuisable offre de travail ...