Comptes rendus : Études stratégiques et sécurité

La défense en Europe. Nouvelles réalités, nouvelles ambitions.Buffotot, Patrice (dir.). Coll. International, Paris, La Documentation française, 2001, 352 p.[Record]

  • Jérôme Montes

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  • Jérôme Montes
    Institut d’études politiques
    Toulouse, France

Dirigé par le professeur Buffotot – qui est également responsable de l’Observatoire européen de sécurité –, cet ouvrage collectif réunit les contributions de 24 chercheurs, la plupart politistes, originaires des différents pays de l’Union européenne. Éditée depuis 1988, cette dernière livraison couvre la période qui court du Traité d’Amsterdam (1997) au sommet de Nice (2001). La première originalité de l’ouvrage tient à la synthèse qui est présentée des politiques de défense et de sécurité des dix-huit pays de l’Europe occidentale. Elle confirme les principales tendances relevées dans l’édition 2000, à savoir l’affirmation d’une Identité européenne de sécurité et de défense (iesd) qui s’est traduite par l’absorption de l’ueo par l’Union européenne, ainsi que par de profondes réformes destinées à adapter l’outil militaire aux nouvelles réalités géopolitiques du continent. Dans la plupart des pays, les réformes ont porté sur la réduction du format des armées, leur professionnalisation, la modernisation des moyens logistiques et des systèmes d’armement, la restructuration des chaînes de commandement et l’ajustement des doctrines de défense. L’autre originalité de ce travail consiste à dresser le bilan des inflexions majeures qui sont venues modifier le rôle et l’influence des organisations internationales en charge de la sécurité en Europe. Ainsi, pendant que l’Alliance atlantique confortait son leadership à l’occasion du conflit au Kosovo et par son élargissement à l’Est, l’Union européenne mesurait le chemin qui lui reste à parcourir pour intervenir de manière crédible et autonome dans la gestion des crises, et le rôle de l’osce reste cantonné aux aspects préventifs des conflits. L’ouvrage est découpé en quatre parties de longueur inégale. La plus volumineuse (179 p.) traite, selon un ordre alphabétique, des politiques de défense et de sécurité de chacun des Quinze membres de l’Union européenne. La plupart d’entre eux – y compris les pays neutres (Irlande, Suède, Finlande et Autriche) – ont suspendu (Italie) ou supprimé le modèle de conscription, modernisé leurs matériels, réduit leurs effectifs et diminué leurs dépenses de défense. Seule l’Allemagne n’a pas franchi le pas même si un large débat a été engagé à propos de la participation au conflit du Kosovo et de la mutation de la Bundeswehr. Au Danemark, un large consensus politique a permis l’accord de 1999 sur la réduction des dépenses et des effectifs militaires, ainsi qu’une contribution accrue aux missions de l’otan, au moment où l’exemption d’Edimbourg (1992) continue de limiter sa participation à la pesd. La plupart des pays ont d’ailleurs manifesté leur double attachement à l’otan et à la pesd. L’Espagne, par exemple, a adhéré en 1999 à la structure militaire intégrée de l’otan. La France s’est, à la fois, activement engagée en faveur de la pesd (sommet de Saint-Malo) et rapprochée de l’otan. Même si depuis la guerre au Kosovo et le sommet de Saint-Malo, les Britanniques sont conscients qu’une certaine intégration européenne est nécessaire, leur fidélité atlantique reste intacte. Malgré sa politique de neutralisme, l’Irlande a adhéré au Partenariat pour la paix (PfP) de l’otan et s’est engagée à participer à la future force européenne de déploiement rapide dès lors que ses opérations militaires sont soumises à l’autorisation préalable de l’onu. La Finlande, traditionnellement non alignée, a soutenu l’inclusion des missions Petersberg dans le Traité d’Amsterdam, tout en étant hostile à la création d’une armée européenne. La deuxième partie est consacrée aux trois pays de l’Europe occidentale qui ne sont pas membres ...