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Comptes rendus : Théories, méthode et idées

How Might we Live ? Global Ethics in the New Century.Booth, Ken, Tim Dunne et Michael Cox (dir.). Cambridge, Cambridge University Press, 2001, 275 p.

  • Jean-Christophe Boucher

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  • Jean-Christophe Boucher
    Institut québécois des hautes études internationales
    Université Laval, Québec

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How Might we Live ? Global Ethics in the New Century, sous la direction de Ken Booth, Tim Dunne et Michael Cox, est le troisième numéro spécial de la publication Review of International Studies produite par l’Association britannique d’études internationales. L’ouvrage, sous la forme d’un recueil d’articles, a pour ambition générale de mettre en lumière la liaison entre les relations internationales et le discours éthique. De l’avis des auteurs, toute réflexion éthique doit nécessairement considérer les ramifications internationales des actions humaines. Il faut reconnaître que l’idée n’est guère nouvelle pour les philosophes. En effet, quoique l’étude exclusive des relations internationales n’ait jamais fait l’objet d’un intérêt particulier en philosophie, il n’en demeure pas moins que plusieurs penseurs importants, surtout en philosophie de l’action, ont traité de ce sujet. Ainsi, les propos de Christopher Hill, auteur de la préface, selon lesquels How Might we Live ? Global Ethics in the New Century « […] is a demonstration of how any consideration of ethical issues in our time has to take account of the international dimension » (p. ix) ne représentent guère l’aspect innovateur de l’ouvrage. À tout le moins, pas pour les philosophes.

Dans un autre ordre d’idée, il faut reconnaître à l’instar des directeurs Booth, Dunne et Cox, que la domination des théories réalistes et néoréalistes en relations internationales évacue, dans une certaine mesure, la possibilité d’un dialogue normatif entre les agents. En mettant l’accent sur les impératifs statocentriques, le réalisme et néoréalisme laissent très peu de place à l’établissement d’une pratique des relations internationales fondées sur des considérations normatives. Dans cette optique, ce livre apparaît comme une interprétation critique des écoles dominantes en théorie des relations internationales. À notre avis, cette caractérisation des théories réalistes selon laquelle elles se veulent « non éthiques » n’est pas totalement exacte. La justification morale d’une compréhension réaliste des relations internationales est basée principalement sur un entendement utilitariste. Certes, pour peu qu’une éthique utilitariste demeure contestable à plusieurs niveaux, les théories réalistes peuvent se prévaloir d’une légitimation morale. Ainsi, toute critique du réalisme au niveau normatif doit inévitablement débuter par un rejet de l’utilitarisme et d’une démonstration de son insuffisance à promouvoir l’agir moral des agents et des États dans l’ordre international. Or, curieusement, aucun des textes présentés dans How Might we Live ? Global Ethics in the New Century n’évoque d’une quelconque façon les thèses utilitaristes. Cette lacune mine la valeur académique de l’ouvrage en général.

Manifestement, comme c’est souvent le cas pour les recueils d’articles, il s’avère difficile de distinguer un fil directeur unique au sein de l’ouvrage. Plutôt, les textes tournent généralement autour de thèmes généraux polarisant les discussions dans un champ d’étude spécifique. How Might we Live ? Global Ethics in the New Century n’échappe pas à ce principe dans la mesure où nous pouvons classifier les divers articles sous quatre groupes distincts. La première catégorie de textes se concentre principalement sur les fondements métathéoriques d’une éthique des relations internationales. Trois excellents articles, d’Onora O’Neill, de Michael Doyle et de Terry Nardin, se rapportent au cosmopolitisme et aux interprétations concurrentes de Kant et de Rawls sur l’élaboration d’une conception normative des relations internationales. Toutefois, point à souligner, les textes sont très spécialisés et seront difficilement compréhensibles pour ceux n’étant pas familiarisés aux diverses thèses kantiennes et rawlsiennes. Kimberley Hutchings, pour sa part, nous offre une exposition surprenante et intelligente d’une éthique « féministe » des relations internationales et des problèmes que celle-ci pourrait évoquer. Mary Midgley, quant à elle, tente de mettre à profit le concept de Gaia afin d’apprécier, de façon confuse, les différentes thèses du communautarisme.

Le deuxième groupe d’articles focalise plutôt sur l’éthique appliquée. Ainsi, les auteurs mettent l’accent sur les enjeux des différentes théories en philosophie morale lorsque mises en circonspection dans le contexte de la société internationale. Deux textes fort intéressants, ceux de Derek Heater et de Peter Jones considèrent le dialogue entre le cosmopolitisme et le communautarisme. De l’avis de ces derniers, le cosmopolitisme et le communautarisme ne devraient pas être compris comme des concepts mutuellement exclusifs. Faisant fi des écueils méta-théoriques d’un tel entendement, les deux auteurs cherchent plutôt à examiner différents débats spécifiques, soit la relation dichotomique entre la citoyenneté « étatique » versus citoyenneté « mondiale » (Heater) et entre les droits de l’homme versus le principe d’autodétermination nationale (Jones.)

Une troisième catégorie d’articles, que nous pouvons qualifier d’« athéorique », élabore une série de questionnements sur les défis de la société internationale auxquels doit s’adresser une éthique des relations internationales. Ce faisant, ces textes se distinguent du deuxième groupe par l’absence d’une réflexion normative en tant que telle. Néanmoins, ils exposent les dangers possibles d’une évolution de la société internationale où l’échange d’un entendement éthique demeure unidirectionnel. Dans cette catégorie, remarquons particulièrement les textes de Richard Higgot sur les problèmes associés à la mondialisation (au sens économique du terme) et de Robert W. Cox sur la réalité politique du concept de « civilisation » dans l’établissement d’une dimension éthique des relations internationales.

Finalement, une quatrième caté-gorie, que nous pourrions nommer « aéthique », compose How Might we Live ? Global Ethics in the New Century. Les textes de Philip Allott et de Kenan Malik, respectivement sur la mondia-lisation et l’actualisation de l’Idée de la Loi et la signification de la « race » dans les discours, constituent cette dernière classification. Disons seulement, qu’il n’est pas clair, en regard des arguments et des conclusions des auteurs, en quoi leurs propos se rattachent à l’éthique des relations internationales. Certes, par acrobaties et maintes tergiversations nous pourrions établir un lien (rhétorique ?) entre la philosophie morale et ces sujets. Cependant le lecteur doit lui-même créer ses propres associations.

Pour une évaluation générale de l’ouvrage How Might we Live ? Global Ethics in the New Century nous devons faire l’aveu d’une appréciation mitigée. Plusieurs textes, notamment ceux de Nardin, Higgot, Cox, Hutchings et O’Neill sont particulièrement intéressants et méritent une relecture. Néanmoins, cette estimation n’est pas généralisée à l’ensemble des articles de cet ouvrage. À notre avis, l’ambition originale de How Might we Live ? Global Ethics in the New Century, c’est-à-dire explorer la dimension éthique dans le champ des relations internationales, est fondamentale pour la discipline. Trop peu d’auteurs persévèrent à tracer le chemin entre le monde extérieur et la tour d’ivoire. En outre, la complexité métathéorique de certains textes et la nécessité d’une compréhension préalable des débats en philosophie morale en font un livre qui s’adresse principalement aux philosophes férus de relations internationales ou vice versa.