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Comptes rendus : Théories, méthode et idées

Relations internationales. Théories et concepts.Macleod, Alex, Évelyne Dufault et F. Guillaume Dufour (dir.). Outremont qc, Athéna éditions, 2002, 239 p.

  • Jérôme Montes

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  • Jérôme Montes
    Institut d’études politiques
    Toulouse, France

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Ce dictionnaire réunit les contributions d’une équipe de professeurs et d’étudiants – c’est là une qualité pédagogique non négligeable – des universités de York et du Québec, tous spécialistes des questions de politique étrangère. Le principal intérêt de l’ouvrage réside dans le fait qu’il rend très facile d’accès une littérature qui, depuis les années quatre- vingt, déborde largement le cadre de la seule approche réaliste des relations internationales. Les études publiées depuis une vingtaine d’années témoignent, en effet, d’un véritable tournant sociologique qui s’est notamment traduit par la remise en question de l’État comme acteur unitaire et rationnel sur la scène internationale. Parallèlement, la théorie des relations internationales a amorcé un virage épistémologique qui l’amène à multiplier les questions de fond et à puiser de plus en plus dans des champs scientifiques aussi divers que ceux de la sociologie ou de la philosophie des sciences.

Ce dictionnaire se distingue, aussi, par une double originalité. La première tient au fait qu’il s’agit d’un ouvrage rédigé en langue française dans un champ scientifique qui, comme beaucoup d’autres, reste largement dominé par des travaux publiés dans la langue de Shakespeare, y compris dans certains pays non anglophones. L’autre originalité de l’ouvrage réside dans son approche résolument analytique. Les auteurs proposent, en effet, les définitions classiques des différents concepts et approches théoriques, mais ils s’atta-chent également à introduire les débats et controverses que soulèvent la plupart des termes retenus.

À l’issue d’une brève intro-duction qui resitue les enjeux et le mode d’emploi du dictionnaire, l’ou-vrage se divise en deux parties d’iné-gales longueurs. À l’intérieur de la première partie – la plus volumineuse puisqu’elle occupe les deux tiers des développements –, les auteurs s’attachent à définir une cinquantaine de théories et concepts retenus en fonction de leur récurrence dans les textes consacrés à la théorie des relations internationales (acteur international, dilemme de sécurité, gouvernance, intérêt national, puissance, régime international, système de Westphalie, etc.). La longueur des notices est suffisante pour refléter la complexité de certaines théories ou concepts, et raisonnablement courtes pour ne pas rebuter les novices. Chaque définition est ainsi l’occasion de souligner qu’au-delà de l’accord qui peut exister sur le sens général que revêt un terme, il n’est pas rare que les spécialistes s’opposent quant à la signification exacte d’un concept. C’est dès lors le moment, pour les auteurs, de présen-ter les débats épistémologiques qui opposent les tenants des différents courants des relations internationales. La deuxième partie est constituée d’un glossaire qui bien que concis – une quinzaine de pages – autorise la pré-sentation d’une quarantaine de concepts qui, parce qu’ils sont davantage connus (équilibre des forces, interdépendance complexe, ordre international, sécurité collective, etc.) n’exigent pas une analyse très développée. Notons que pour une meilleure utilisation de l’ouvrage, chaque notice contient un certain nombre de concepts reproduits en caractère gras afin d’indiquer au lecteur qu’il peut se reporter à la définition dudit concept dans ce même dictionnaire. Enfin, à la suite d’une bibliographie exhaustive et reflétant parfaitement le foisonnement de la littérature sur le sujet, les auteurs ont inséré deux index des termes utilisés – l’un en français, l’autre en anglais – ainsi que deux listes proposant la traduction anglais/français des concepts que l’on repère constamment dans les discours de politique étrangère (balance of power, free rider, governance, issue area, low politics, soft power, State-centered, etc.).

Même si d’aucuns pourraient désavouer le choix des entrées, il s’agit, dans l’ensemble, d’un livre écrit dans un style clair et agréable, mariant parfaitement les démonstrations théoriques et qui s’avère le parfait complément des dictionnaires des faits internationaux déjà existants. Parce qu’il reflète fidèlement la diversité croissante des débats théoriques dans le champ des relations internationales, cet ouvrage constitue donc un guide précieux pour les étudiants et tous ceux qui recherchent une vision panoramique de l’état de la littérature dans ce domaine en plein essor qu’est la théorie des relations internationales.