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Comptes rendus

Organisations internationales : The un Security Council. From the Cold War to the 21st Century.Malone, David M. (dir.). Boulder, Lynne Rienner Publishers, 2004, 746 p.

  • Jean-Christophe Boucher

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  • Jean-Christophe Boucher
    Chaire de recherche du Canada en sécurité
    internationale, hei, Université Laval, Québec

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Depuis sa mise en opération en 1946, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a toujours fait l’objet d’un regard critique quant à sa pertinence, sa structure et son rôle dans les relations internationales. Sous cet éclairage, l’épisode 2002-2003 de la très convoitée et médiatisée série iraquienne n’est qu’un des derniers rebondissements majeurs secouant l’onu, il n’est guère inédit. Toutefois, si la crise existentielle onusienne s’inscrit dans la longue durée, il n’en demeure pas moins que la fin de la guerre froide avait permis de croire en une plus grande cohésion au sein du Conseil de sécurité. Cet espoir, faisant fi d’un regard réaliste de l’interaction entre les puissances mondiales, entérinait l’idée selon laquelle l’onu pourrait réellement prendre la place que lui conférait sa Charte. Conséquemment, lorsque celui-ci échoua à rencontrer les attentes multiples et diverses, les déceptions furent d’autant plus amères.

Néanmoins, si les opinions divergentes sur l’une ou l’autre de ces problématiques sont légion, trop peu d’ouvrages académiques ont été consacrés à une exploration des divers aspects affectant la prise de décision au sein du Conseil de sécurité. Paradoxalement et en dépit de l’importance que représente cette institution pour la pratique des relations internationales, la littérature sur le sujet est proprement anémique et se limite à des textes de droit international, d’études de cas précis ou de mémoires. Il devient donc très difficile pour les non initiés d’élever leurs réflexions au-dessus des « préjugements » et de formuler une compréhension adéquate et réaliste de cet organe onusien. The un Security Council. From the Cold War to the 21st Century, sous la direction de David M. Malone, apparaît ainsi comme un livre salvateur pour les étudiants des relations internationales ne s’étant pas promenés dans les corridors du Conseil de sécurité à New York.

Un autre projet de la très prolifique International Peace Academy, ce recueil de textes cherche fondamentalement à estimer les performances et le travail du Conseil de sécurité depuis la fin de la guerre froide en isolant les divers enjeux thématiques et structurels influençant la prise de décision. Afin de mener à terme cette ambition, David Malone a regroupé 48 auteurs dont la majorité, mais non exclusivement, est issue de la communauté diplomatique et bureaucratique onusienne ayant une expérience directe du Conseil de sécurité. Cette expertise, qu’on ne saurait remplacer par des années d’études, contribue incontestablement à enrichir la portée et la qualité de l’ouvrage dans son ensemble. En outre, il faut remarquer que David Malone et ses collaborateurs ne circonscrivent pas leurs discussions à l’intérieur d’un cadre théorique cohérent qui aurait pu, en quelque sorte offrir une ligne directrice à l’ensemble de l’ouvrage mais qui serait demeurée artificielle et même forcée en regard de la coordination des 39 textes compris dans le livre. En effet, de l’aveu de Malone, les auteurs se satisfont de laisser aux autres le soin de dégager la substantique moëlle théorique des recherches et des conclusions offertes.

The un Security Council. From the Cold War to the 21st Century est composé de quatre groupes d’articles distincts. La première partie se concentre surtout à analyser les différentes thématiques propres à l’ère post-guerre froide et ayant une incidence sur la prise de décision au sein du Conseil de sécurité. Examinant six thèmes spécifiques, soit l’humanitaire, les droits de l’homme, la démocratisation, le terrorisme, la prévention des conflits et les acteurs armés non étatiques, les différents articles tentent ainsi de retracer l’évolution de ces éléments dans le cadre des discussions et des résolutions du Conseil de sécurité. L’inclusion de ces thématiques à l’intérieur des travaux du Conseil de sécurité a permis d’étendre de façon substantielle le rôle joué par cette institution dans les relations internationales. En définitive, cette section s’avère réellement didactique et le lecteur pourra apprécier le travail d’élagage réalisé par les auteurs dans la mesure où ceux-ci font un effort pour discerner les résolutions clés et la métamorphose des thématiques à travers le temps et les débats.

La deuxième partie, composée de sept articles, étudie l’une des mutations les plus importantes de la prise de décision du Conseil de sécurité depuis la fin de la guerre froide : la propension à utiliser davantage les provisions du chapitre vii de la Charte des Nations Unies, surtout les articles permettant d’imposer des sanctions à un État (art. 41) et l’utilisation de la force (art. 42). En effet, quoique le Conseil de sécurité ait déjà utilisé le chapitre vii pendant les années de guerre froide, notamment en Corée et au Congo, cette mesure demeurait sporadique. Or, depuis 1990, plus de 10 missions onusiennes furent investies des pouvoirs conférés par ce même chapitre et à celles-ci s’ajoutent les opérations multinationales autorisées par l’onu. D’ailleurs, il faut souligner la présence de deux excellents articles sur les Comités des sanctions en Irak et en Angola.

La troisième partie tente principalement de circonscrire les divers enjeux institutionnels avec lesquels le Conseil de sécurité doit maintenant composer. Ainsi, on nous présente dix textes regroupés entre, d’une part, les articles examinant des défis structuraux inhérents au Conseil de sécurité, telles les méthodes et procédures du Conseil de sécurité, les relations entre les cinq membres permanents et les dix membres élus, la place des États-Unis à l’intérieur du Conseil et aux possibilités de réformes futures, et, d’autre part, les textes analysant l’influence des acteurs extérieurs tels le secrétaire général de l’onu, les cours et tribunaux internationaux, les organisations régionales, les « groupes d’amis », les représentants spéciaux et les organisations non gouvernementales. La dernière partie, quant à elle, propose onze études de cas d’opérations onusiennes majeures sur tous les continents qui illustrent en quelque sorte le changement au sein du Conseil de sécurité depuis la fin de la guerre froide.

En dernière analyse, que dire de plus que The un Security Council. From the Cold War to the 21st Century est un travail monumental à laquelle David Malone et les auteurs regroupés font honneur. On ne saurait apprécier plus l’amplitude, l’expertise et l’utilité de cette oeuvre, qui arrive, il faut le reconnaître, à point nommé en regard du présent débat sur l’avenir du Conseil de sécurité et, ultimement, de l’Organisation des Nations Unies. En un seul livre, David Malone a réussi à synthétiser l’ensemble des défis et enjeux influant sur la prise de décision au sein du Conseil de sécurité. De plus, notons l’excellente bibliographie et les tableaux en annexe qui offrent une perspective détaillée des différentes missions onusiennes depuis 1948 ainsi que les mandats, nombre de troupes affectées, etc. Est-ce qu’un étudiant des relations internationales peut se passer d’une lecture de ce livre ? Oui, si l’on désire passer les quinze prochaines années à étudier assidûment le Conseil de sécurité des Nations Unies. En outre, The un Security Council. From the Cold War to the 21st Century, servirait étonnement bien comme livre de base pour un cours sur les Nations Unies.