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Plusieurs travaux ont été consacrés à des aspects du développement tels que l’économie, la sociologie, l’anthropologie. Toutefois, il y a peu de productions sur une remise en question du développement et des questions qui l’entourent. Ce livre se veut un écho de la problématique du sous-développement et une réévaluation de la réflexion sur le thème du sous-développement. Ainsi, c’est un certain caractère arbitraire de la définition de la pauvreté des États qui est dénoncé dans cet ouvrage avec une perspective intéressante de la naissance du sous-développement. Selon l’auteure, le développement serait une religion que personne ne met en question. L’ouvrage en présente donc la théologie et l’historique de manière originale. La modernisation est décrite comme un produit d’une stigmatisation et non une solution aux problèmes économiques, sociaux ou industriels du tiers-monde. Aussi, les différentes visions du développement proposant des solutions économiques à la pauvreté sont étalées et analysées.

Avec un ton très analytique et narratif, les enjeux du développement sont expliqués dans une perspective historique. L’auteure traite de la question du développement et de la globalisation en subdivisant son ouvrage en trois parties. La première partie s’articule autour du caractère artificiel de l’existence d’un monde séparé en deux entités. La deuxième partie s’attarde aux explications données pour l’étude du développement alors que la troisième partie porte sur des enjeux de taille reliés à la problématique du développement.

Firouzeh Nahavandi souligne bien l’aspect arbitraire de la qualification des pays au sein du cercle des pays sous-développés. Ainsi, l’auteure fait savoir qu’au-delà de toutes les dénominations, la croyance au développement avec une foi religieuse n’est qu’une question d’appellation porteuse d’idéologie et qui n’est donc jamais neutre. Les définitions des aspects des sociétés du sud répondent davantage aux réalités du nord. Les différentes définitions sont reconsidérées tout comme les différents indicateurs du développement. Ces indicateurs sont principalement des tentatives de mesurer le développement essentiellement par l’économie.

Au niveau des théories, celles de la modernisation s’opposant aux conceptions marxistes et niant les spécificités de chacun des pays sont étalées en référence aux autres. Le fondement sur lequel reposent les théories de la modernisation est la croyance en l’industrialisation possible des sociétés du tiers-monde. Influencée par une vision américaine du développement, cette perspective conçoit les sociétés du tiers-monde comme inscrites dans une transition d’une société traditionnelle vers le modernisme. Les autres approches théoriques se seraient développées en réaction aux thèses de la modernisation soulignant les facteurs internationaux, l’interdépendance entre l’économie et la politique, le rôle de l’État et les facteurs culturels.

En ce qui concerne les enjeux, l’existence de l’indépendance politique non accompagnée par une indépendance économique est abordée comme une explication de l’échec des politiques de développement. Cette dépendance proviendrait de la domination coloniale qui est une notion capitale dans la thèse de l’auteure puisqu’elle (la colonisation) explique tout le débat sur le développement, mais est considérée comme l’initiation de la globalisation.

Toujours au niveau des enjeux actuels du sous-développement, la question de la démographie est présentée comme une des rares problématiques actuelles communes à tous les pays du tiers-monde. Cette problématique est analysée à cause de son importance (croissance fulgurante, jeunesse de la population et exode rural). Le paradoxe du développement de politiques uniformes malgré une situation économique et sociale très diversifiée est un autre point commun souligné. Ce paradoxe s’appliquerait par la conception erronée du développement inventé dans les sociétés industrialisées. À cause de cette conception occidentale, la promotion des exportations et les politiques de développement rural ont été privilégiées.

Enfin, l’auteure attire notre attention sur le fait que la stigmatisation du développement et de la globalisation serait formée au niveau du langage. La globalisation suivrait le même parcours que le développement : un certain adoucissement du champ lexical par les pressions de nouveaux acteurs philanthropiques réclamant une mondialisation différente. La globalisation est animée par un conflit d’intérêt entre les pays pauvres et les pays les plus avancés.

Firouzeh Nahavandi offre une excellente introduction à la problématique du développement avec un excellent résumé de la littérature pertinente. Toutefois, le titre est très réducteur comparé à la richesse de ce livre qui va au-delà d’un débat sémantique. Toutes les personnes qui veulent une initiation pertinente à l’étude des pays sous-développés devraient commencer par la lecture de cet ouvrage qui retrace une évolution historique de la problématique du développement et inscrit le débat dans le contexte de la mondialisation.