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Comptes rendus

Conflict Assessment and Peacebuilding Planning. Toward a Participatory Approach to Human Security, Lisa Schirch, 2013, Boulder (co), Kumarian Press, 229 p.

  • Damien Larramendy

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  • Damien Larramendy
    Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP), Université de Montréal

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Conflict Assessment and Peacebuilding Planning est un ouvrage didactique destiné aux praticiens oeuvrant dans le domaine de la consolidation de la paix, qui propose un cadre logique destiné à les aider à mieux concevoir, planifier, mettre en place et évaluer leurs projets. Il s’accompagne d’un site Internet (conflict-assessment-and-peacebuilding-planning.org) qui vient compléter le livre en mettant à la disposition des internautes du matériel d’apprentissage et en permettant à ceux-ci de partager leurs expériences et leurs idées.

L’auteure de l’ouvrage, Lisa Schirch, est professeure à la Eastern Mennonite University en Virginie et chercheure au Centre pour la justice et la consolidation de la paix de cette même institution. Elle est également la directrice de la Alliance for Peacebuilding’s Program on Human Security. Au fil des ans, en plus de ses recherches (qui ont abouti à des dizaines de publications), elle a développé une expertise pratique conséquente, puisqu’elle a mené des évaluations de conflit et planifié des projets de consolidation de la paix dans plus de 20 pays, dont l’Afghanistan, l’Irak et le Pakistan.

Conflict Assessment and Peacebuilding Planning part d’un double constat, ancré dans les années d’expérience de l’auteure : pour qu’un projet de consolidation de la paix soit efficace, il faut à la fois qu’il vise l’amélioration de la sécurité humaine et que chacune de ses étapes soit mûrement réfléchie. Or il n’est pas rare que le lien entre l’évaluation du conflit (conflict assessment) que le projet doit aider à résoudre et la planification du projet en soi manque de clarté. En résultent des initiatives tendant à s’attaquer plus aux manifestations du conflit qu’à ses causes, des efforts ne prenant pas en compte les réels besoins des populations locales ou encore une duplication des efforts dans certains domaines. Ainsi, certains projets peuvent aviver les tensions entre les parties tout en « gaspillant » des ressources qui auraient pu être mieux utilisées ailleurs.

Le livre se compose de 13 chapitres. Le premier, une introduction de près de 40 pages, présente les principaux concepts utilisés dans les pages suivantes et passe en revue les problèmes les plus fréquents dans l’évaluation de conflit et dans la planification de projets de consolidation de la paix.

Le deuxième chapitre expose les différentes méthodes de recherche – tant quantitatives que qualitatives – pouvant être utiles dans la récolte des données nécessaires à l’élaboration de projets de consolidation de la paix, ainsi que leurs limites. Sont aussi abordées les questions de la qualité et de la validité des données récoltées, de la subjectivité du praticien et de l’impact de cette dernière sur le projet.

Après une brève présentation, dans le chapitre 3, des bases de ce qui doit mener à une bonne autoévaluation de la part du praticien, le chapitre 4 expose le cadre d’analyse de l’ouvrage. Ce cadre, assez complexe, combine trois éléments. Le premier est la matrice de questions devant permettre d’analyser en profondeur le conflit et le projet de consolidation de la paix envisagé. Cette matrice est composée des six questions suivantes : Où ? Qui ? Pourquoi ? Quoi ? Comment ? Quand ? Ces questions doivent permettre d’approfondir la réflexion du praticien sur le contexte du conflit, les principales parties prenantes au conflit et à sa résolution, leurs motivations, les facteurs accentuant et restreignant le conflit, les sources de pouvoir des parties prenantes et l’émergence de « fenêtres d’opportunité » dans la résolution du conflit. Le deuxième des trois éléments du cadre d’analyse est le cycle de conception du projet, qui est décomposé en quatre étapes : l’autoévaluation, les perspectives d’évaluation du conflit (conflict evaluation lenses), la théorie du changement (theory of change) et la planification du projet en soi. Enfin, le troisième et dernier élément est la méthode d’analyse swot (Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats), qui reflète les quatre axes de questionnement la constituant, à savoir les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces.

La combinaison de ces trois éléments forme le cadre d’analyse de l’ouvrage, qui est exposé dans les chapitres 5 à 10. Chacun de ces chapitres est consacré à l’une des six questions du premier élément susmentionné et la décortique en amenant une série de questions basées sur les quatre étapes du deuxième élément. Cette série de questions cherche à explorer les quatre dimensions de l’analyse swot. Chacun de ces six chapitres propose de plus une analyse à trois niveaux afin que le lecteur-praticien puisse l’appliquer à virtuellement tout type de projet, du plus simple au plus complexe.

Enfin, le chapitre 11 explique le concept de théorie du changement, qui se définit comme un plan de changement social – allant de la formulation des hypothèses avant la conception d’un projet à la définition des objectifs à long terme –, alors que le chapitre 12 s’attarde sur la planification de projets de consolidation de la paix et que le dernier chapitre explore les concepts de contrôle en cours de projet (monitoring) et d’évaluation post-projet.

Dans Conflict Assessment and Peacebuilding Planning, L. Schirch réussit à vulgariser des connaissances plutôt arides car très techniques et truffées de termes complexes qu’il est parfois difficile de traduire en français. L’ajout d’un glossaire de ces termes en début d’ouvrage est d’ailleurs à saluer. Il convient aussi de souligner la présence, dans chacun des chapitres, de schémas et de tableaux récapitulatifs faisant office d’aide-mémoire et d’outils pédagogiques pratiques. Les praticiens apprécieront également le matériel classé dans les annexes, notamment une liste de recommandations à l’intention des personnes chargées de coordonner des activités de consolidation de la paix ou responsables de financer de tels projets. Enfin, est à applaudir l’insistance de l’auteure, à diverses reprises au fil des pages, sur la responsabilité du praticien de se demander régulièrement si son projet de consolidation de la paix est réellement indispensable ou si l’objectif qu’il entend atteindre ne serait pas mieux servi en utilisant les ressources différemment.

Deux choses viennent toutefois porter ombrage à cet ouvrage. La première est la structure du livre qui, au lieu de faciliter la compréhension de la matière exposée, vient parfois la compliquer. Il est par exemple étrange que le chapitre expliquant les tenants et les aboutissants de la théorie du changement arrive en fin de livre, alors que l’auteure utilise abondamment le concept dans les chapitres précédents. La seconde est le sentiment ambivalent que pourra ressentir le lecteur en refermant le livre, sentiment découlant du paradoxe entre d’un côté l’insistance de l’auteure sur le fait que la consolidation de la paix est « politisable » et que les peacebuilders doivent être conscients de leur statut d’acteurs politiques à part entière dans les situations post-conflits et, de l’autre, le format choisi par l’auteure pour présenter ses connaissances en la matière, format qui – avec ses schémas, ses graphiques et ses tableaux – contribue à donner une image technocratique et apolitique de la consolidation de la paix.