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Comptes rendus

The US-South Korea Alliance. Meeting New Security Challenges, Scott Snyder (dir.), 2012, Boulder, co, Lynne Rienner, 291 p.

  • Géraldine Frébutte

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  • Géraldine Frébutte
    Chaire InBev Baillet-Latour, Université catholique de Louvain, Belgique

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Si certains analystes avaient prédit le déclin de l’alliance entre la Corée du Sud et les États-Unis, cet ouvrage va à contresens de cette opinion pessimiste en affirmant la volonté des deux parties de donner un nouveau souffle à leur relation stratégique. S’il n’élude pas les divergences qui ont pu surgir entre les deux alliés, il part plutôt du constat que les acteurs américain et sud-coréen sont rentrés dans un processus de revitalisation de l’alliance, comme en témoigne la déclaration de vision commune signée en 2009. Néanmoins, ce processus prend place dans un contexte particulier, marqué par l’émergence de la Corée du Sud en tant qu’acteur global et par le besoin des États-Unis de s’appuyer sur un ensemble de partenaires afin de maintenir leur présence hégémonique.

L’histoire de l’alliance est marquée par des dissensions et des divergences de vues entre les deux protagonistes, tant en ce qui a trait à la présence concrète des troupes américaines sur le territoire coréen qu’en ce qui concerne la perception de l’environnement régional. Ces dernières décennies, le lien entre les alliés a pu évoluer, passant d’une relation « patron-client » à une situation où la Corée du Sud tente de trouver sa place et de définir une politique étrangère plus indépendante. Lorsque Lee Myung-bak arrive à la présidence sud-coréenne en 2008, son désir de renouer avec les États-Unis devient une opportunité pour déterminer de nouvelles conditions à l’alliance. Dès lors, comment envisager le futur de cette alliance ? Quelles pistes sont à explorer pour approfondir les liens entre les deux partenaires ?

Afin de répondre à ces questions placées en filigrane, l’ouvrage propose d’examiner les nouvelles possibilités de coopération en matière de sécurité entre les États-Unis et la Corée du Sud, avec l’objectif de faire face à des défis sécuritaires non traditionnels et globaux. Passant volontairement sous silence l’accord de libre-échange entré en vigueur il y a peu, il se concentre uniquement sur les aspects de sécurité de la relation. Les champs examinés par les auteurs relèvent par conséquent de menaces associées à la sécurité traditionnelle (contreterrorisme, prolifération nucléaire), mais aussi de la sécurité élargie (changement climatique, menaces pandémiques et biologiques). Toutes les contributions ont néanmoins ce point commun de mettre en avant les positions et capacités de la Corée du Sud face à ces défis, les plaçant parfois en perspective avec celles des États-Unis.

Car les deux acteurs n’ont pas toujours les mêmes approches, visions et compétences en ce qui concerne la gestion de ces menaces. Si Kevin Shepard souligne, dans son chapitre consacré au contreterrorisme, l’incroyable potentiel de collaboration entre ces États dans ce domaine, il n’en va pas de même pour l’ensemble des défis analysés. Ainsi, dans sa contribution dédiée à l’exploration spatiale, James Clay Moltz apparaît sceptique quant aux chances de coopération approfondie dans cette matière. En effet, les États-Unis demeurent toujours l’une des plus grandes puissances spatiales ; s’associer à la Corée du Sud comporte dès lors une marge de risques non négligeable. Outre les tensions qu’une telle collaboration pourrait entraîner dans le voisinage nord-asiatique, le danger lié aux fuites de technologies dans le cadre d’échanges avec la Corée du Sud serait particulièrement dommageable pour l’acteur américain. Le caractère sensible de ces innovations technologiques explique la réticence des États-Unis dans ce domaine, laquelle pourrait être dépassée par un dialogue politique plus significatif. En matière d’opérations de paix, Balbina Y. Hwang met en évidence les faibles contributions militaires de la Corée du Sud à ce type d’opérations, ce qui contraste avec l’expérience américaine, alors que la République de Corée possède la sixième armée la plus importante au monde. L’alliance pourrait dès lors devenir une source d’investissements plus conséquents pour la Corée du Sud en matière de participation aux opérations de paix, bien que de nombreuses oppositions internes menacent de freiner une telle évolution.

Souvent mise en exergue, l’asymétrie sur le plan des conceptions et des capacités des deux alliés peut constituer un obstacle empêchant toute avancée en ce qui concerne leur future coopération. Mais la majorité des auteurs reste optimiste quant aux perspectives de mutation de l’alliance. La nécessité de faire face à un environnement changeant invite à insérer cette relation stratégique dans un contexte plus global, où une collaboration fondée sur des intérêts communs permettrait de s’atteler à de nouveaux défis de sécurité. Mais la réussite de cette entreprise dépend principalement de la qualité du dialogue politique entre les acteurs. L’ouvrage constitue à cet égard un vibrant appel à fonder une alliance qui ne soit plus uniquement militaire, mais aussi politique, où les intérêts communs prendraient le pas sur une menace unique et où les coûts seraient équitablement partagés.

Cohérent et rigoureux, l’ouvrage dirigé par Scott Snyder apporte un éclairage très intéressant sur les évolutions de la Corée du Sud en tant que puissance émergente, appuyé par de nombreux faits et démonstrations quant aux préoccupations stratégiques de cet acteur. L’approche comparative, souvent utilisée dans les différentes contributions, a le mérite de mettre en évidence les divergences et points de concordance entre les alliés, et ainsi de dégager les pistes potentielles de collaboration future. Mais, en cherchant à tout prix à identifier des solutions, l’ouvrage en devient parfois normatif dans son propos, le style rappelant parfois ceux des rapports de laboratoires d’idées où les conclusions constituent souvent des pistes d’agendas politiques. Il n’en demeure pas moins un ouvrage synthétique remarquable sur la situation sécuritaire sud-coréenne, champ où les publications sont encore assez rares.