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Comptes rendus

Chinese Politics and International Relations. Innovation and Invention, Nicola Horsburgh, Astrid Nordin et Shaun Breslin, 2014, New York, Routledge, 204 p.

  • Géraldine Frébutte

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  • Géraldine Frébutte
    Chaire InBev-Baillet Latour, Université catholique de Louvain, Belgique

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« Innovation » est le mot clé de cet ouvrage qui s’insère dans le champ prolifique des recherches consacrées à la Chine dans les relations internationales ; il constitue le fil rouge des contributions proposées par plusieurs jeunes chercheurs. Au coeur de cette étude se trouve l’analyse des stratégies d’innovation mises en place par la Chine afin de faire face au phénomène pressant de la globalisation. En effet, les auteurs partent du constat que la notion d’innovation est devenue incontournable dans le langage des décideurs chinois. Mais comment définir cette innovation ? Il s’agit du principal défi théorique de cette publication qui interprète ce terme comme un acte créatif visant à réaliser de nouvelles choses ou à mettre en place de nouvelles méthodes de gestion. Cependant, la prolifération des notions discursives autour de l’innovation en mandarin témoigne de la difficulté à saisir quel est le sens profond de ce concept aux yeux des Chinois.

L’originalité de cette étude réside donc dans le choix de l’innovation comme nouvelle lecture de la politique étrangère de la Chine et de son interaction avec le reste du monde, se situant ainsi au-delà des recherches soulignant un possible exceptionnalisme chinois sur la scène internationale et de celles misant plutôt sur un phénomène de socialisation de ce pays sur le long terme. Quatre thèmes sont développés afin de mettre en valeur cette nouvelle interprétation : l’innovation au coeur de la politique étrangère et de sécurité chinoise, l’émergence des théories chinoises des Relations internationales, l’innovation dans la gestion de l’image de la Chine vers l’extérieur et, enfin, les nouvelles formes de résistance de la population chinoise à l’égard de la censure sévissant sur Internet.

Deux constats émergent à la suite de la lecture des différentes contributions. Le premier est que la dichotomie existant entre l’Occident et la Chine reste toujours une variable décisive pour expliquer l’ambivalence des stratégies innovatrices mises en oeuvre par les milieux politiques et sociaux chinois. Cette ambivalence est particulièrement perceptible dans deux chapitres consacrés à l’élaboration d’une théorie chinoise des Relations internationales au sein des milieux universitaires et de la recherche nationaux. Comme le souligne Linsay Cunningham-Cross, innover dans le champ théorique en apportant une touche typiquement chinoise est devenu une nécessité pour les chercheurs et les professeurs locaux, afin d’apporter à un pays aussi grand et puissant que la Chine sa propre compréhension de la politique internationale. Innover permet également d’investir un champ largement dominé par les avancées théoriques occidentales, principalement américaines. Ces avancées occidentales sont considérées comme des produits d’importation dont il serait temps de s’éloigner afin de créer une « école chinoise » des Relations internationales. Néanmoins, Ras Tind Nielsen et Peter Marcus Kristensen mettent en évidence, grâce à un ensemble d’entretiens réalisés auprès du corps professoral, qu’un certain nombre de chercheurs chinois ont eu la possibilité de construire leur réputation en Chine en obtenant leur titre de docteur aux États-Unis et en traduisant, de l’anglais au chinois, des ouvrages emblématiques des théories des Relations internationales écrits par des auteurs américains. Aujourd’hui, le paysage théorique chinois est partagé entre l’influence inexorable des théories d’origine occidentale et l’apport de spécificités chinoises qui apparaissent peu à peu au sein de cette communauté scientifique. Si l’innovation est recherchée, voire exigée, elle ne peut se faire au détriment de l’équilibre déjà existant.

Le second constat indique que les stratégies innovatrices chinoises peuvent prendre forme de manière très subtile et originale. Cela est particulièrement tangible dans la contribution de Falk Hartig, qui s’intéresse aux instituts Confucius en tant qu’outils de la diplomatie culturelle chinoise. Ici, l’élément innovateur ne réside pas dans les objectifs assignés à ces instituts, qui répondent à une logique classique de diplomatie publique, ni dans l’offre d’activités proposées par ces instituts, similaires à celles pratiquées par le réseau de l’Alliance française ou les instituts Goethe. La nouveauté se manifeste plutôt dans la structure organisationnelle de ces centres, qui se présentent majoritairement sous la forme de coentreprises gérées et financées par l’administration chinoise et par des partenaires locaux dans les pays d’accueil, ce qui tranche avec les pratiques habituelles en diplomatie culturelle.

Reposant chacune sur d’importantes ressources bibliographiques, et parfois sur des données inédites, les contributions de cet ouvrage ont le mérite de mettre en lumière des aspects plus méconnus de la politique chinoise. Cependant, même si l’innovation reste toujours le fil conducteur de toutes ces études, l’ensemble manque de cohérence. Chaque chapitre est en effet axé sur une problématique très précise, ce qui constitue un atout scientifique indéniable, mais qui aide peu à la montée en généralisation dans une publication qui se revendique comme une nouvelle voie d’analyse de la Chine sur la scène internationale. Toutes les contributions ne se valent pas non plus en termes de qualité et de profondeur analytique. L’absence de conclusion générale à la fin de l’ouvrage laisse le lecteur sur sa faim, puisqu’aucune réflexion générale n’est ainsi engagée sur la place de l’innovation en Chine au regard de ces études de cas. Cette publication offre néanmoins de nouvelles pistes d’interprétation sur la place de la Chine dans un monde globalisé.