Comptes rendus

Maritime Piracy and the Construction of Global Governance, Michael J. Struett, Jon D. Carlson et Mark T. Nance, 2013, New York Routledge, 226 p.[Record]

  • Claude Comtois

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  • Claude Comtois
    Professeur titulaire, Département de géographie, Université de Montréal, Canada

Le succès d’une économie de plus en plus mondialisée repose sur un réseau mondial performant de navires et de ports. Les actes de piraterie présentent des risques élevés en raison de la vulnérabilité des infrastructures de transport. L’évaluation des risques et l’élaboration de mesures contre des actes de piraterie sont essentielles pour maintenir la croissance économique et pour protéger la sécurité du public. Dans une perspective de planification de mesures sécuritaires adéquates, les auteurs utilisent différentes approches constructivistes pour dégager quatre thématiques : le contenu des discours, le rôle des institutions, la formulation des politiques et les processus de gouvernance. Le contenu des discours juridiques joue un rôle décisif dans la définition de qui est considéré comme un acte de piraterie. À l’aide d’une analyse de l’évolution historique du langage juridique, Gould démontre que la formule « ennemi de l’humanité » est un construit social qui oriente la compréhension des actes de piraterie et la réponse collective à y apporter. S’inscrivant dans la même démarche méthodologique, Dutton effectue une analyse de contenu des différentes législations internationales qui gouvernent les mesures antipiraterie pour expliquer que les lois internationales sont mal intégrées aux normes locales et aux processus institutionnels nationaux. Bueger et Stockbruegger, quant à eux, portent leur attention sur la cohérence entre les discours et les actions de lutte contre la piraterie. Ils soulignent que les meilleures opérations sont fondées sur une perspective de sécurité globale qui intègre à la fois les intérêts communs et les normes de sécurité. S’inspirant d’études sur les mouvements sociaux, McGahan et Lee abordent le problème de la piraterie sous un angle humanitaire. Ils expliquent fort habilement que le processus visant à accorder une légitimité aux États dans leur intervention affiche certaines limites en raison de la complicité des États à créer des inégalités qui donnent naissance à des activités illicites. L’ensemble de ces chapitres montre que le discours légal est politisé et qu’il en résulte des éléments juridiques parfois très éloignés des pratiques de lutte contre la piraterie en mer. Les institutions réunissent des acteurs des secteurs public et privé. Sur le plan public, la lutte contre la piraterie peut être soumise aux instances politiques à différents échelons institutionnels. Sur le plan privé, l’exploitation du potentiel maximal des flottes et des ports repose surtout sur les connaissances et les compétences des transporteurs et des opérateurs de terminaux. Une composante significative de la lutte contre la piraterie maritime est la complexité des relations entre les intervenants. Les institutions internationales regroupent des acteurs publics et privés qui jouent des rôles variés et dont les intérêts sont différents et souvent même divergents ou opposés. La compréhension du processus régissant les relations entre ces différents acteurs est importante. Nance et Struett affirment dans le premier chapitre du livre que les régimes législatifs demeurent trop décentralisés et fragmentés pour permettre une convergence de solutions aux actes de piraterie. De façon plus marquée, ils expliquent au chapitre 6 que les chevauchements des régimes légaux et institutionnels réduisent la capacité des États et des parties prenantes à mettre un terme aux actes de piraterie. À l’évidence, les structures politiques sont inadaptées pour contrer les problèmes de piraterie. La formulation et la mise en oeuvre de stratégies de lutte contre les actes de piraterie reposent sur un jeu complexe entre les acteurs et leur environnement institutionnel. Les organisations publiques peuvent prescrire des normes, imposer des règles et établir des standards dans les domaines de la sécurité, de la sûreté et de la protection publique. Force est de reconnaître toutefois que la complexité ...