Comptes rendus

Globalists: The End of Empire and the Birth of Neoliberalism, Quinn Slobodian, 2018, Cambridge (MA) Harvard University Press, 381 p.

  • Laura Nordström

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  • Laura Nordström
    Faculté des sciences sociales, Université de Helsinki Helsinki, Finlande

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Quinn Slobodian présente un point de vue original sur l’histoire des idées et l’influence du néolibéralisme en soulignant l’importance de l’école de Genève. Les recherches existantes ont traité cette question soit à travers l’histoire intellectuelle, soit par l’analyse politique des régimes et structures globales. Slobodian cherche à combiner ces deux traditions et à montrer l’impact des néolibéraux de Genève dans la victoire institutionnelle du néolibéralisme et du globalisme économique contre la démocratie et le nationalisme entre les années 1920 et 1990. L’ouvrage se distingue par le fait qu’il souligne que ce projet n’était pas économique, mais « gestionnaire ». En outre, Slobodian affirme que les néolibéraux, dont l’école de Genève constitue un exemple, ne croyaient pas à l’autorégulation des marchés, au caractère économiquement rationnel des individus ou à l’opposition aux États. Par contre, ils recherchaient une gouvernance, des règles et des institutions globales pour le capital, contre la démocratie et l’irrationalité humaine. Ainsi en aspirant à l’ordre global comme les ordolibéraux au niveau national, les néolibéraux de Genève sont en fait des « ordoglobalistes ». Afin de défendre cette thèse, Slobodian présente l’impact qu’ont eu les membres d’un groupement académique qu’il appelle l’école de Genève, avec entre autres Wilhelm Röpke, Ludwig von Mises, Michael Heilperin, Friedrich von Hayek et Gottfried Haberler. Selon l’auteur, quatre écoles constituent la pensée néolibérale : Fribourg (Walter Eucken), Chicago (Milton Friedman), Cologne (Alfred Müller-Armack) et Genève. À cette fin, il commence par l’histoire des années 1920 à Vienne, à partir d’où la recherche se déplace vers Genève dans les années 1930. Au-delà de cette période, et contrairement à de nombreuses études, Slobodian continue à se concentrer sur la recherche néolibérale européenne au lieu de se tourner vers les États-Unis. L’école de Genève ne se concentrait pas sur la science économique, mais sur la loi et la gouvernance. Dans un monde « postimpérial », les ordoglobalistes cherchaient à réaliser une constitution, des lois et une gouvernance globale pour protéger l’économie, la propriété et le libre-échange des capitaux et des biens. Cela nécessitait un tribunal supranational qui puisse surpasser les législations nationales. Comme il n’était plus possible de rétablir les empires, le fédéralisme global devait délimiter l’autonomie des nations, notamment pour limiter l’État-providence des keynésiens. Cependant, les États nationaux conservaient leur rôle dans la protection de la concurrence et dans la division globale du travail. L’auteur note que, durant la période en question, Hayek et Mises rejetaient l’idée d’un État minimal. D’ailleurs, les néolibéraux utilisaient le langage des droits, mais il ne s’agissait pas des droits de l’homme comme la liberté d’expression, mais des droits des xenos (des étrangers qu’on traite comme des amis invités), c’est-à-dire des investisseurs, à se déplacer et faire circuler le capital, les biens et les services à travers les frontières. Le mouvement ouvrier représentait un obstacle à ces droits. Slobodian rappelle l’impact des trois ruptures du 20e siècle sur la pensée néolibérale. Premièrement, la politisation de l’économie, la fin du libre-échange et le nationalisme pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que l’objectif de la démocratie de masse, ont engendré le scepticisme des néolibéraux envers la démocratie et l’État. Les ordoglobalistes soutenaient la démocratie seulement sous une forme restreinte, plutôt comme une démocratie de consommateurs, et uniquement quand elle produisait la stabilité. Deuxièmement, la Grande Dépression a suscité chez eux un manque de confiance dans les chiffres et les théories mathématiques et économiques qui ne pouvaient pas prévoir et empêcher les crises. L’auteur arrive à la conclusion que cette transition entre des recherches portant sur les cycles économiques et des recherches sur l’ordre et les institutions marque la naissance du néolibéralisme. Troisièmement, …