Dossier

Extrait des carnets de Sony Labou Tansi

  • Sony Labou Tansi

Access to articles of this journal’s current issues is restricted to subscribers. You may consult the back issues to see all available open access content.

If you hold an individual subscriber account with this journal, log in to your account.

For more information, contact us at client@erudit.org.

The first 600 words of this article will be displayed.

Cover of Henri Lopes, lectures façon façon-là, Number 45, 2018, pp. 1-525, Études littéraires africaines
Extrait des carnets de Sony Labou Tansi Qu’est-ce que tu veux que je te mette : haubert ? mitre ? ou fanons. Et commandant en chef désespoir, parce que maître dans l’art d’être à l’aise dans le « Malaise », confortable dans l’inconfort, regardant obstinément du côté du Katanga. Dieu merci, on est plus [sic] au Katanga. Les danses dansées sans tam-tam, jeu de tribu, peut-être jeu humain. Tant mieux. En tout cas jeu animal comme tu le dis souvent, à l’hôtel de la Romance. Nouvelle cette fois. Dieu que tu le veuilles ou non, parce que : que la crasse se fasse et la crasse se fait, citée et récitée par le coeur, et la chair tout entière. Henri Lopès [sic] c’est le poète du constat, tous ses livres sont des procès verbaux minutieux, des comptes rendus d’une société qui a mal au pied, mais qui n’a pas perdu l’envie de marcher. L’écriture est une grande responsabilité, c’est le grand et ultime débat de nous-mêmes avec nous-mêmes. Nous même face à nous même [sic]. Si nous définissons ce débat comme comportement de nous-mêmes fasse [sic] à l’Histoire, face au temps, fasse [sic] au milieu et enfin face à la honte d’être nous-mêmes, (la folie vient des entrailles et elle reste l’affaire des entrailles) Henri Lopès [sic] écrivain ressemble à celui-là qui s’étant tant regardé, prend l’ultime risque de refabriquer sa propre face, avec la face des autres : l’aventure tendancieuse de faire sa gueule en copies multiples – avec un doigt qui montre la dent cariée : c’est beau nom de Dieu ! Chanter l’enfer. Quand le but est de forcer le monde à retourner à la sagesse, quel autre rôle prescririez-vous à un artiste ? Chanter l’enfer cercle après cercle. (Puisque l’enfer ne peut être que carré ou circulaire.) Nommer l’horrible pour ne pas être forcé à jouer peau commune avec lui, cela fait de vous un prophète en deux exemplaires, déjà créé coup de pied sous sa peau de nègre. La négraille on sait ce que c’est. Mais celui-là est un nègre exigeant. C’est rare un nègre exigeant ! Mais soit dit en passant : on ne sauvera l’Afrique que le jour où l’on comptera une demie-douzaine [sic] de nègres exigeants sur le continent. Être exigeant signifie, vous vous en doutez, jouer la carte de sa gueule sur la carte des Autres.