Recensions d'écrits

Pour en lire plus : Children, Citizenship and Environment : Nurturing a Democratic Imagination in a Changing World Bronwyn Hayward (2012). Children, Citizenship and Environment : Nurturing a Democratic Imagination in a Changing World. London : Routledge, xviii+190 p. [Record]

  • Yves Laberge

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  • Yves Laberge
    Institut d'études canadiennes et autochtones, Université d'Ottawa

S’il existait déjà un bon nombre d’ouvrages portant respectivement sur l’environnement et sur la citoyenneté, relativement peu de titres combinent intrinsèquement ces deux domaines. C’est le cas du premier livre de Bronwyn Hayward, de l’Université de Canterbury en Nouvelle-Zélande, un pays qui selon l’auteure constitue « un défi pour l’éducation à l’environnement » (p. 4). L’intérêt de la recherche dont témoigne cet ouvrage est de se centrer sur l’éducation à l’environnement dans une perspective à la fois critique, transdisciplinaire et résolument éco-citoyenne. La conjonction de ces approches dans un seul ouvrage est relativement rare mais d’autant plus appréciable. Parmi les exemples de cette rencontre de l’environnement et de l’éducation à la citoyenneté, citons le livre Greening citizenship : sustainable development, the state and ideology d’Andi Scerri, ou Environnement et écosociété : histoire, acteurs, économie, gestion, droit, patrimoine, santé et sécurité publique de Gabriel Wackermann (2011). On peut aussi penser aux publications de Benjamin Barber (2007), Andrew Dobson (2003) ou encore Joseph Dumit (2012). Sur le plan méthodologique, Bronwyn Hayward utilise des extraits d’entretiens réalisés avec une vingtaine de groupes d’élèves néo-zélandais (incluant des Maoris) afin de mieux comprendre leurs activités scolaires, parascolaires, leurs loisirs et leurs jeux (comprenant beaucoup de sport et de plein air), leurs bricolages, ainsi que leurs interactions avec les médias et le monde du virtuel (p. 89). Ouvrage concis mais dense - et passé presqu’inaperçu au Canada -, Children, Citizenship and Environment : Nurturing a Democratic Imagination in a Changing World se subdivise en huit chapitres abordant successivement la prise de conscience et l’engagement des jeunes Néo-Zélandais pour les questions écocitoyennes, l’idéologie néolibérale, les initiatives vertes, l’éducation à l’environnement, les principes de responsabilité écologique, etc. Pour Bronwyn Hayward, les jeunes citoyens ont besoin d’éducation à l’environnement dans la perspective d’obtenir les moyens de questionner le monde et pour ce faire, « d’acquérir un langage démocratique et des outils pour comprendre leur situation » (p. 4). Citant Benjamin Barber (2007) à propos du consumérisme, elle ajoute que la nouvelle génération doit être conscientisée au fait qu’elle vit dans une société qui génère « des besoins à court terme alimentés par la publicité et des produits offerts sur les marchés » (p. 9). L’articulation du cadre théorique de l’auteure impressionne par sa richesse et son approfondissement. Bronwyn Hayward compare les conceptions plus universalistes de Jean Piaget et Lev Vygotsky à celle davantage fondée sur les interactions culturelles de Lawrence Kohlberg à propos de la compréhension que peuvent avoir les jeunes d’un phénomène comme la justice sociale (p. 111). Plus loin, elle reprend le concept d’identité environnementale (environnemental identities) introduit par Andrew Dobson dans son livre Citizenship and the Environment pour l’appliquer dans le contexte néo-zélandais (2003). D’ailleurs, Dobson a rédigé l’une des deux préfaces de son ouvrage (p. vii-viii). Autre originalité, Bronwyn Hayward propose d’axer son analyse sur des dimensions inédites comme les mises en récit et les manières qu’ont les enfants de raconter, de mettre en récit (selon l’approche du « Storytelling ») les questions environnementales à partir de leurs propres perceptions (p. 130). Cette manière inédite d’exposer et d’étudier les questions liées à l’environnement permet une plus grande implication / participation / conscientisation de la part des enfants qui peuvent ainsi, par ce procédé axé sur la narration et le positionnement individuel, se situer à l’intérieur du problème afin de pouvoir « donner du sens au monde qui les entoure » (p. 131). En plus de traiter d’esprit critique, on aborde même l’éventualité de la résistance civile (civil resistance) pour vérifier les conceptions enfantines de la justice sociale et de ses limites (p. 110). …