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Comptes rendusReviews

Christopher A. Scales. Recording Culture. Powwow Music and the Aboriginal Recording Industry on the Northern Plains. (Durham et Londres: 2012, Duke University Press. Pp.368. ISBN : 978-0-8223-5338-6)[Record]

  • Ons Barnat

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    Université de Montréal

Ce premier ouvrage de l’ethnomusicologue états-unien Christopher A. Scales, aujourd’hui professeur associé à la Michigan State University, trouve son origine dans la thèse qu’il a soutenue en 2004 sous la direction de Bruno Nettl. À la fois musicien, chercheur, ingénieur du son et réalisateur (il compte à son actif plusieurs disques, parus chez Arbor Records et War Pony Records), Scales livre ici brillamment les fruits de ses recherches sur la musique powwow nord-américaine, amorcées il y a près de vingt ans. En se basant sur des données extraites aussi bien au coeur du studio d’enregistrement qu’à l’occasion de rassemblements powwows, l’auteur nous plonge dans l’univers méconnu des musiciens autochtones des Prairies, les suivants pas à pas des powwow grounds aux sessions d’enregistrement en studio. Avec un tel terrain double (à l’intérieur et à l’extérieur du studio), ce livre fascinera aussi bien les amateurs de musiques autochtones nord-américaines que les chercheurs s’intéressant au rôle de la technologie dans la création et la préservation de musiques dites « traditionnelles ». À partir du cas de l’enregistrement de la musique powwow, Scales décrypte avec lucidité une série de dynamiques sociales animant l’ensemble du « monde powwow » (aux niveaux macro et micro), tout en mettant le doigt sur un point clé de la recherche ethnomusicologique depuis les débuts de cette discipline : la rencontre motivée entre des « autochtones musiciens et des enregistreurs non autochtones » (2). Définissant son livre comme « une étude ethnographique de la culture powwow contemporaine », l’ethnomusicologue se lance pour défi d’analyser le lien dynamique entre la pratique de la musique powwow en contexte cérémoniel et son enregistrement en studio. Pour ce faire, il choisit de structurer son ouvrage en deux grandes sections, qui peinent à s’harmoniser. En effet, si la première partie (composée de trois chapitres) se consacre surtout à la description minutieuse de la musique et de la culture pow-wow en contexte « traditionnel », la deuxième partie nous fait progressivement pénétrer dans le monde du studio d’enregistrement, après avoir été familiarisé aux rouages de l’industrie discographique autochtone nord-américaine. Passer ainsi d’une lourde monographie (somme toute très classique depuis les débuts de l’ethnomusicologie) à une ethnographie pointue du studio (qui inclut des considérations portant sur des paramètres technologiques complexes) ne semble pas trop déranger Scales, qui se justifie en avançant qu’il a cherché « à analyser la production et la consommation des enregistrements de musique powwow comme une sorte de boucle fermée, où chaque contexte influence l’autre et devient de plus en plus interdépendant » (243). Cependant, force est de constater que cette division structurelle ne fait que reproduire une dichotomisation entre « tradition » et « modernité », termes que l’auteur ne manque pourtant pas de critiquer longuement dans son dernier chapitre. Pour lui, la relation entre les enregistrements powwows en studio et la pratique « traditionnelle » de cette musique serait bien plus complexe : « la force culturellement significative de la tradition est créée au sein, et est d’ailleurs entièrement dépendante, des conditions structurelles de la modernité » (261). Cet ouvrage – qui se veut une première recherche sur la musique powwow en studio, faisant suite à de nombreuses études portant sur le powwow en tant qu’acte performantiel en contexte « traditionnel » – prend pour point de départ un questionnement concernant les raisons qui motiveraient les acteurs des powwows à vouloir enregistrer leur musique. En analysant les différences entre des pièces jouées lors de cérémonies et d’autres enregistrées en studio, l’auteur va chercher à comprendre quels seraient les principes esthétiques qui gouvernent la musique powwow nord-américaine. Au niveau social, ce sont plutôt …

Appendices