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Comptes rendus

Ilboudo, Monique, Murekatete, Bamako, Le Figuier, 2000.

  • Monique Gasengayire

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  • Monique Gasengayire
    Université de Montréal

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Monique Ilboudo fait partie de l’équipe d’écrivains africains engagés en 1998 par l’Association des Arts et Médias d’Afrique pour écrire sur le génocide rwandais de 1994. Murekatete est donc un résultat du projet « Rwanda : Écrire par devoir de mémoire ».

L’auteur introduit son récit par un cauchemar qui donne à voir l’incapacité de survivre à un drame tel que le génocide. En effet, le roman met en scène une femme dont la vie se révèle quasiment impossible suite au génocide et ses répercussions. Murekatete est nommée ainsi par son père après avoir échappé à la mort survenue à la naissance. « Laisse-la vivre. Laisse-la se sentir à l’aise[1] », ainsi veut dire Murekatete. Or, comme en témoigne le roman, cette vie que sous-entend son nom est bafouée par des problèmes « ethniques » et politiques qui vont sombrer dans le génocide de 1994. Après avoir perdu tous les siens, Murekatete résiste à la deuxième mort mais reste avec un corps et une âme meurtris. « Ai-je eu raison de demeurer[2] ? », se demande-t-elle.

Murekatete vit ainsi la lutte entre la vie et la mort, le combat entre la chance et la culpabilité de survivre. « Pourquoi moi ? Pourquoi pas les autres, mes enfants, ma mère[3] ? » Néanmoins, elle veut toujours vivre, si ce n’est que par destin. L’après-douleur, s’il y en a, est vécu difficilement à travers les cauchemars de chaque nuit. Pour les exorciser, elle décide d’aller visiter les « sites du génocide ». Grâce au soutien de Venant, son mari qui l’a sauvée la deuxième fois, les deux entreprennent ce pèlerinage pour comprendre le génocide.

Après quelques visites, ils se rendent à Murambi, une école inachevée qui abrite aujourd’hui des milliers « d’hôtes bien silencieux[4] ». Venant, le protecteur de Murekatete, y entre mais en sort plutôt « malade, dans sa tête et dans son corps[5] ». Le Venant d’après Murambi n’est qu’un inconnu qui conduit leur ménage à la ruine. À Murambi, « tout un peuple a touché le fond[6] ». Le couple de Murekatete n’y sera pas épargné non plus.

Par ailleurs, c’est à Murambi que le devoir de mémoire est revendiqué par le gardien du site : « Nous ne voulons pas oublier. C’est pourquoi, il faut entretenir des lieux comme celui-ci. L’humanité entière doit savoir ce qui s’est passé. Nous avons un devoir de mémoire[7]. » L’écriture de M. Ilboudo nous ouvre sensiblement au témoignage de Murekatete afin de nous faire saisir celui de tout le peuple. C’est dans les catacombes de Nyamata, dans les galeries mortuaires de Murambi, mais aussi dans la vie de Murekatete que le roman d’Ilboudo trouve le matériel pour contribuer à la construction de la mémoire.

Avec sobriété, Ilboudo fait entrer son lecteur dans l’une des tragédies humaines du XXe siècle. À sa façon de manier la narration, elle distancie parfois son héroïne des événements pour nous en approcher davantage. Cette narration fait du personnage principal le témoin oculaire des événements, ce qui rapproche Murekatete de la réalité qu’a vécue le peuple rwandais.

Appendices