You are on Érudit's new platform. Enjoy! Switch to classic view

Poésie

Sables d’enfance

  • Anne Peyrousse

Article body

Regarde bien la peau de cette femme

la couleur des lèvres où se découpent

quelques mots      un moment d’hésitation

regarde bien le fin doigté de la chevelure

ou la fragilité qui glisse sur son front

Claude PARADIS

je ne pense qu’à toi

beau fruit rouge

gambade chaude

Paul-Marie LAPOINTE

la terre se tourne se retourne se détrousse

imprécise            elle se multiplie et s’épuise

elle effrite tous les murets de pierre se jette sur les herbes folles

ouvre les yeux et naît dans la courbure des os telle la chute libre d’un baiser

elle déjoue l’apesanteur des larmes

emplit son souffle et souffle la colère des délaissements

défaite dans le béton

la terre rattrape ramasse ses êtres

va à la mémoire dévastée

* * * * * * * *

le sein creuse le territoire

où les jours passent trop vite

le temps devient attente du lointain

l’aurore offre des margelles infinies

* * * * * * * *

voyez le sol d’où jaillit le coeur

il dira les traces de l’ombre qui meublent l’angoisse d’une origine

il dira comment la vie se peuple derrière

des murs irrésolus derrière la violation des espaces

la fébrilité d’une existence ineffaçable

derrière un vaste voyage où ne se perdent des racines

jamais

voyez le sol où pétrir l’enfance d’avant la mort

et où saluer les grands sables mouvants de la mémoire

une femme écarte le voile

sur le nombril du monde

éparpille les graines de vérité

* * * * * * * *

a-t-elle saisi

que la naissance est plus profonde que le puits tari

une femme s’effondre dans le sel de la mer

elle prend l’illicite des vents

la terre ronde des cris

au moindre frémissement elle court

telle une jument folle d’azur et de sang

elle cherche les frontières inachevées

les escales tachées de suc

sur ses traces un alphabet étrangement sauvage

celui des histoires cassées où s’accélère le pouls

celui de l’inclassable amour qui se donne comme du foin

et elle dit où les premières eaux se démontent

* * * * * * * *

il y a des ruines éternelles des flammes tatouées

or il reste toujours un siège libre pour les horizons distillés

on ne se déleste pas de sa naissance

comme d’une marque au fer rouge

la peau est fièrement amoureuse

* * * * * * * *

le soleil mord aux grains de sable

pour dénouer l’éternité des couvertures en peau de caresses

des cahiers d’encres rouge et bleue

le muscat coule et réchauffe le ventre

des fois une femme respire les moulins qui sentent la neige

ne la rappelez point à lordre

JE DIS QUE LE SOLEIL ENDORMI PEUT CONFESSER CEUX QUI LE VEULENT

* * * * * * * *

une femme entrave le silence qui s’élargit

elle est le muguet et la patience des êtres

elle danse comme une fleur andalouse

sa chevelure a des reflets fleuves et méditerranée

l’or épouse ses tresses

elle sent l’haleine chaude des chevaux

le fumet des terriers la nature sèche

le baiser sur la peau des olives

une femme traverse les jardins

un cygne sur l’épaule comme une maison d’été

elle ouvre la grille et la douceur de sa voix

mille césariennes enfantent son pays

* * * * * * * *

quand a-t-elle découvert la violence du sang

quand a-t-elle noyé les drames du passé

pourquoi les armes de l’oubli

rompre le bois de teck

caresser les volets et le crépis blanc

inventer des dessins en pastel peindre la pluie

et retrouver le tournoiement des coeurs

s’étendre les seins pointés au soleil d’autrefois

revivre la poésie d’une magie enterrée

     la sécheresse s’échappant des mains

     lézard   lièvre        tortue

     la blondeur de l’espace serre le dos

l’arène chaude ressemble à une robe

défroisser son âme

découdre la ficelle ou lhaleine blanche rouge des jours

JE SUIS CETTE FEMME QUI INVITE

* * * * * * * *

oui il y a des latitudes jamais évanouies

et un mas en lézardes déglingué

des voyelles en terre de Sienne

des garces accrochées à leurs décolletés

sous l’énergie palpitante des hommes

aux cheveux noirs aux yeux de gouffre

le sexe est une féria où les corps se défont

comme des bouteilles jetées aux murs

il y a des vents qui matraquent et suavent le dos

des parfums de pins et de sable

j’entends les ciels brûlés du midi

je respire la vierge noire des gitans

qui boit aux courbes du monde

* * * * * * * *

j’aime cette femme au corps de safran et de paroles chaudes

elle se sauve et se sauvera

avec de petits rubans verts jaunes rouges

comme des cocardes

elle chante et chantera la mer

la victoire des taureaux la lavande dans les murmures

le thym au pied des jours nouveaux

lorsque les cigales sont

alors elle voit et verra un soleil de plomb

* * * * * * * *

le sud existe dans la marge des mots

croûtés de sang et d’aventures

il y a des clefs immenses

lourdes en fer noir

le sud regarde tomber le raisin dans les livres

caresse les dictionnaires comme on apprend à aimer

l’univers devient une fresque restaurée

autour voyelles et consonnes ont des avidités

de saisons vives

Appendices