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Recension

Michael Werner (Dir.), Politiques et usages de la langue en Europe, Paris, Édition de la Maison des sciences de l’homme, 2007, 258 p.[Record]

  • Kafalo Sékongo

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Comment résoudre de façon efficace et pacifique la question de la langue en Europe aujourd’hui ? C’est cette problématique qui a sous-tendu les travaux du colloque « Politiques et usages de la langue en Europe hier et aujourd’hui » ténu les 2 et 4 décembre 2004 à l’Institut Goethe de Paris. Les contributions d’une douzaine de participants, composés d’historiens, de sociologues, de linguistes, de politistes, de philosophes et de spécialistes de la littérature constituent le corpus de ce livre, réalisé sous la direction de Michael WERNER. Ce dernier est historien et germaniste de formation. Dans son introduction liminaire Werner rappelle le double défi qui est celui de la France et de l’Allemagne, confrontés à un recul général de leurs deux langues sur le plan international puis à une baisse continue de l’apprentissage réciproque du français en Allemagne et de l’allemand en France. Werner s’interroge, ainsi que les autres participants du reste, sur le plurilinguisme et sur la portée des politiques linguistiques initiées par différents gouvernements et par l’Union européenne aux fins d’arrêter l’érosion des autres langues au contact de l’anglais. Il en arrive au constat qu’aucune loi coercitive ne saurait mettre fin au métissage des langues aujourd’hui. Les nostalgiques de la pureté linguistique n’ont qu’à déchanter car cette option ne saurait être un objectif de nos jours. Il faut, ainsi que le préconise Werner, prendre la mesure des transformations incessantes du paysage linguistique en acceptant la dynamique même des langues. (p. 19) Mais les contributions des uns et les autres ne se limitent pas seulement aux pratiques actuelles de la langue mais contiennent un volet historique qui éclaire le lecteur sur la constitution des langues et des territoires linguistiques. Aussi la première partie du livre, « Statut et repères », essaie-t-elle de définir la notion de langue et se penche sur les relations entre langue maternelle et identité. Pierre Judet DE LA COMBE dans sa contribution, « Crise des langues et éducation européenne », montre bien que les manifestations violentes des jeunes révoltés des banlieues Parisiennes d’octobre et novembre 2005 et plus récemment en Angleterre sont la preuve éclatante que le langage n’est pas le medium adéquat pour ces jeunes afin d’exprimer leur déception et leurs attentes. (p. 23) Il faut donc désormais compter avec la variante « violence » que l’on retrouve même dans leur langue à eux, pauvre en vocabulaire, ne respectant ni modalité ni concordance de temps. Des « sociolectes », tel que les nomme De La Combe, se sont ainsi constitués et s’opposent à la langue supposée commune. (p. 24) Du coup on découvre qu’à l’intérieur d’une société dite monolingue se trouvent des « ghettos de langues ». C’est ce qui lui fait dire que « les sociétés sont plurilingues sans même qu’il soit besoin de parler d’invasion de langues étrangères comme l’anglais international. » (p. 24) Définissant la langue, De La Combe y relève deux approches : l’une « expressive », lorsque la langue est supposée exprimer une identité historique, et l’autre « rationaliste » lorsqu’elle désigne un moyen de communication efficace entre les individus. (p. 27) Dans son intervention, il ne partage pas l’idée d’une identité culturelle, comme appartenance à un ensemble historique fait de traits distinctifs inaltérables. Pour lui, le passé ne saurait se définir comme une identité immuable et dont une marque indélébile imposerait à la vie présente sa force civilisatrice. Fort logiquement il soutient plus loin que l’histoire culturelle n’apparaît pas comme le prolongement naturel de données originelles mais à l’inverse comme une suite de « renaissances » (cf. p. 31). L’identité perd alors sa qualité primaire d’où son …