Recensions

Alain Saulnier, Ici était Radio-Canada, Montréal, Boréal, 2014

  • Pierre C. Bélanger[1]

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  • Pierre C. Bélanger[1]
    Université d’Ottawa

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Cover of Nouveaux regards sur le phénomène de l’antisémitisme dans l’histoire du Québec, Volume 18, Number 1, 2015, pp. 13-293, Globe
Peu d’ouvrages à caractère politique ont la chance d’aligner autant d’astres dans les mois qui précèdent leur lancement pour étayer leur thèse. Au moment de sa parution en novembre 2014, Ici était Radio-Canada marquait le point d’orgue d’une année singulièrement éprouvante pour la radiodiffusion publique canadienne. La théorie du complot visant à démanteler Radio-Canada se galvanisait au fil des évènements. À l’intérieur des murs de Radio-Canada comme à l’extérieur, une importante crise de confiance à l’endroit du président-directeur général et du Conseil d’administration de la Société avait atteint son apogée. Pour Alain Saulnier, qui avait été remercié de ses services quelque 30 mois plus tôt – après 15 ans comme patron du service de l’Information [sic] de Radio-Canada, dont six comme directeur général aux Services français –, le contexte était optimal pour lancer son cri d’alarme. Rappelons brièvement la trame de fond. En avril, CBC/Radio-Canada annonce une nouvelle ronde d’abolitions de postes et de réductions budgétaires. Plusieurs observateurs établissent alors une corrélation entre ces compressions et la perte de Hockey Night in Canada à CBC, annoncée cinq mois plus tôt. Le mois suivant, fait sans précédent dans l’histoire de Radio-Canada, plus d’une demi-douzaine de chefs d’antenne expriment publiquement leur inquiétude quant à l’avenir de la Société, et ce, en dépit du devoir de réserve auquel ils sont soumis comme journalistes à la SRC. En juin, le nouveau plan quinquennal annoncé par la Société confirme l’affaiblissement du diffuseur public par l’abolition de 1000 autres postes d’ici 2020, une présence amoindrie en région et la fin de l’émission Une heure sur terre, fer de lance de l’ouverture sur le monde que préconisait jusque-là le radiodiffuseur public. Fin octobre, c’est l’annonce de la fermeture du costumier de Radio-Canada qui enflammera l’opinion publique. Dans les semaines qui suivront la parution de Ici était Radio-Canada, le climat général restera chaud et sera marqué à la fois par la dénonciation publique de Charles Tisseyre à l’occasion de l’assemblée publique annuelle de CBC/Radio-Canada, qui connaîtra un fort rayonnement dans les médias sociaux, et par la grande manifestation publique à laquelle ont participé plus de 20 000 sympathisants à la cause de la SRC. Situé dans un tel cadre contextuel, le livre de Saulnier profite d’un climat où l’alerte générale a déjà été déclenchée. On cherche à comprendre ce qui est en train d’advenir de cette formidable institution qui a longtemps été la forteresse culturelle et informationnelle des francophones du pays. La double visée de l’ouvrage de Saulnier est noble : contribuer au sauvetage de la SRC, tout en développant un plaidoyer péremptoire en faveur du maintien d’une saine distance entre la CBC/Radio-Canada et le pouvoir politique. L’affirmation principale est sans ambivalence : c’est cette absence criante de saine distance entre le gouvernement fédéral, qu’il soit ou ait été dirigé par les Harper, Chrétien ou Trudeau (père), qui tire la SRC vers une lente et irréversible dérive. Cavalièrement remercié, dira-t-il, l’auteur fait désormais partie de la totalité des 12 membres (sauf un de l’équipe de direction des Services français) qui auront quitté la Société ou auront été remplacés. Son récit, tout aussi teinté d’amertume puisse-t-il être, demeure néanmoins un témoignage des plus instructifs sur les modes de fonctionnement et de gestion de l’une des institutions culturelles les plus notoires du pays. L’ouvrage de 275 pages est écrit dans un style simple, dynamique et sans fioritures, ce qui contribue à rendre ...

Appendices