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GALARNEAU, Joffre, Docteur de l’Université de Paris (Lettres), René Bazin et le problème social. P. Lethielleux, éditeur, 10, rue Cassette, Paris, VIe. Introduction, bibliographie, table des matières analytique, 288 p. Le présent ouvrage est une thèse de Doctorat de l'Université, soutenue en Sorbonne, le 14 juin 1965 (mention Très Honorable).[Record]

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M. l'abbé Galarneau a soutenu brillamment en Sorbonne une thèse qui a pour sujet: René Bazin et le problème social. René Bazin est un peu de chez nous. Il aimait notre pays. Il y est venu. Quelques-uns de ses romans, supérieurs à bien d'autres, ont enchanté, il y a quelque trente ans, l'imagination de nos adolescents et de nos adolescentes. Je ne sais pas non plus Français de France qui se soit plus dépensé, en son temps, pour rendre service aux étudiants ou aux écrivains canadiens de passage au vieux pays. Je me rappelle tel conférencier qu'il prit le risque d'inviter à un dîner des Publicistes chrétiens. Il lui avait alloué, selon la coutume, vingt minutes. Le malheureux prit au-delà de trois quarts d'heure pour servir à son auditoire

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tout un précis d'histoire de la France d'outre-mer. M. Bazin se leva pour demander la publication immédiate de la conférence. Lorsque l'Université de Montréal et l'Institut scientifique franco-canadien déléguèrent à Paris le même conférencier pour des cours en Sorbonne et à l'Institut catholique, le même M. Bazin se donna toutes les peines du monde pour lui constituer un auditoire. Et ce service n'est pas le seul qu'il ait rendu aux nôtres du Canada français dont l'avenir le préoccupait beaucoup. Aujourd'hui, comme tous les grands écrivains après leur mort, Bazin accomplit sa station de pénitence aux limbes. Chez nous même, il est de mode de ne plus parler de l'ancien romancier que sur le ton le plus dédaigneux. On lui en veut de ce que l'on appelle sa prose "doucereuse". Pour nos esprits forts, le grand péché de Bazin restera néanmoins d'avoir été inviolable-ment chrétien. L'écrivain a-t-il mérité ce dédain ? Le mérite n'est pas si commun d'avoir été, de son vivant, collaborateur au Correspondant, à la Revue des Deux-Mondes, journaliste au Journal des débats, puis encore à VEcho de Paris, pendant la première grande guerre, avec Bourget et Barrés - ce qui le rangeait parmi les trois grands B -; puis enfin membre de l'Académie française, président des Publicistes chrétiens. Beaucoup lui ont rendu ce témoignage d'avoir été l'écrivain le plus puriste de France, celui que Mistral appelait "le clair-disant". Cette sorte d'hommes et d'écrivains ne meurent jamais tout entiers.

M. Galarneau a intitulé son étude: René Bazin et le problème social. Le titre ne rend pas justice à l'auteur. Certes, Bazin qui avait fréquenté, en sa jeunesse, ces sociologues que furent Hervé Bazin, disciple de Le Play, Albert de Mun, Léon Harmel, La Tour du Pin, se verra facilement amené à écrire des romans d'intention sociale. Il sera toute sa vie un romancier engagé. Et M. Galarneau nous décrit et analyse longuement les romans ouvriers et les romans paysans de Bazin. Mais Bazin demeure aussi avec les Oberlé et Battus le Lorrain, et à l'égal de Barrés, un romancier patriote. Aspect d'une oeuvre que M. Galarneau n'a pas manqué d'étudier avec soin. Le meilleur chapitre de l'auteur serait peut-être celui où il nous décrit, dans le romancier, le "témoin des valeurs essentielles". Et, par valeurs essentielles, entendons : la vraie fraternité, la confiance dans le peuple et dans l'élite populaire, la responsabilité syndicale et corporative, la décentralisation politique et économique, le problème agraire, la réforme de l'enseignement, la défense de la famille traditionnelle, etc., etc. "Valeurs essentielles" qui suffiraient à démontrer la modernité de René Bazin.

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