Notes critiques

Nouvelles perspectives sur l’histoire sociale du Québec[Record]

  • Fernand Harvey

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  • Fernand Harvey
    Institut supérieur des sciences humaines, Université Laval

I

Quelques thèses récentes présentées à l'Institut d'Histoire de l'Université Laval

L'histoire sociale est demeurée longtemps le parent pauvre de rhistoriographie québécoise. Il aura fallu attendre les travaux de Fernand Ouellet \ Jean Hamelin2 et Marcel Trudel pour que s'instaure une véritable tradition en histoire socio-économique au Québec. Depuis lors, les travaux de Cameron Nish 3, Michel Têtu 4, Jean-Pierre Wallot, Gilles Paquet5 et de plusieurs autres 6 sont venus enrichir ce courant. Parallèlement à ces travaux, on compte plusieurs monographies sur l'idéologie économique et sociale de certains hommes publics, de même que sur certains journaux ou revues de diverses tendances7. Ces analyses d'idéo-

1 Fernand Ouellet, Histoire économique et sociale du Québec 1760-1850 (Montréal, Fides, 1966).

2 Jean Hamelin, Economie et Société en Nouvelle-France (Québec, Presses de l'Université Laval, 1960).

8 Cameron Nish, Les bourgeois-gentilhommes en Nouvelle-France (Montréal, Fides, 1968).

4 Michel Têtu, Les premiers syndicats catholiques canadiens, 1900- 1921. Doctorat (Lettres), (Université Laval, 1961).

5 Gilles Paquet et Jean-Pierre Wallot, "La liste civile du Bas-Canada (179A-1812) : un essai d'économie historique", RHAF (23 : 209-230; 361-392 et 24: 3-43.

"Parmi ceux-ci citons : Denys Delage, Canada et New-York, 1608-1750. Thèse de maîtrise (Sociologie), (Université de Montréal, 1969), 277 p. et Gilles Bourque, Classes sociales et question nationale au Québec, 1760-184.0. Thèse de maîtrise (Sociologie), (Université de Montréal, 1969), 284 p. (Publiée aux éditions Parti Pris en 1970).

7 Voir à ce sujet "Idéologies au Canada français 1850-1900", Recherches sociologiques, X : 2-3 (mai-déc. 1969) : 491 p. On pourra aussi trouver une liste courante des travaux sur les idéologies et Phistoire sociale dans la bibliographie trimestrielle de la RHAF.

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RHAF, vol. 24, no 4 (mars 1971)

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logies, bien que présentant un intérêt évident pour la connaissance du Québec, demeureront limitées aussi longtemps qu'elles n'auront pas été complétées par une analyse correspondante de la structure sociale.

Quelques thèses récentes en histoire sociale présentées à l'Institut d'histoire de l'Université Laval apportent une contribution d'importance à la connaissance de la société québécoise du XIXe siècle et des débuts du XXe siècle. L'histoire sociale du Québec était demeurée jusqu'ici un appendice de l'histoire économique. Pour la première fois, nous semble-t-il, un véritable courant autonome en histoire sociale est en voie d'élaboration. Il convient ici de souligner le rôle d'animateur du professeur Jean Hamelin dans l'orientation et la formation d'une nouvelle génération d'historiens qui se consacrent à l'étude des structures sociales et des mouvements sociaux.

Entreprendre la critique de thèses de maîtrise constitue une tâche délicate. Les auteurs critiqués en sont à leur premier essai et leurs travaux comportent des faiblesses inévitables. Nous croyons néanmoins que la rédaction quasi-simultanée du résultat de ces recherches valait la peine d'être soulignée.

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David Terence Ruddell, dans une thèse sur l'apprentissage au Québec, entre 1793 et 1815 8, s'applique à dégager les structures et l'évolution d'un certain nombre de métiers au niveau de l'apprentissage. Utilisant comme documentation de base les greffes des notaires de l'époque, il s'attache plus spécifiquement à l'étude de sept métiers : les boulangers, les forgerons, les cordonniers, les charpentiers de navire, les tailleurs, les menuisiers et les tonneliers.

Un premier coup d'oeil révèle l'absence d'uniformité quant aux normes qui régissent ces métiers. Le temps d'apprentissage, par exemple, varie sensiblement d'un métier à l'autre et la vie de l'apprenti dépend de sa relation avec son maître et de la nature du ...