Comptes rendus

GALARNEAU, Claude, La France devant l’opinion canadienne (1760-1815). Préface d’André Latreille. Québec-Paris, Les Presses de l’Université Laval — Librairie Armand Colin. Les Cahiers de l’Institut d’histoire, 16, 1970. XI-401 p. Index. Illustrations. $10.00.[Record]

  • Yvan Lamonde

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  • Yvan Lamonde
    Québec

Alors qu'une tendance historiographique québécoise mise sur l'inventaire propre et original du Québec, d'autres historiens ont vu dans les échanges économiques et culturels un signe important de la validité d'une nation. Les travaux de P. Sylvain et de P. Savard illustrent bien ce courant de l'histoire culturelle qui tente de faire le point de la balance culturelle du Québec en contact avec la France, l'Italie et les Etats-Unis. Depuis bientôt vingt ans, M. Claude Galarneau explore ce monde des échanges culturels et de l'histoire comparée.1 Spécialiste d'histoire moderne, M. Galarneau fut un promoteur des travaux et des préoccupations de la revue Annales E.S.C. et demeure bien au fait de la problématique en histoire des mentalités.2

1 "Histoire de l'Europe et histoire du Canada. Esquisse pour une histoire de la mentalité religieuse au Canada français", Canadian Historical Association Report (1956): 26-37; "Les échanges culturels franco-canadiens depuis 1763", Le Canada français aujourd'hui et demain (Paris, Fayard (Recherches et débats § 34), 1961 : 68-78; "Recherches sur l'histoire de l'enseignement classique au Canada français", RHAF, XX, 1 (juin 1966): 18-27.

2 "Commentaire" à l'article de M. Rioux, Situation de la recherche sur le Canada français, éd. par F. Dumont et Y. Martin (Québec, PUL, 1963), 213-21 S.

COMPTES RENDUS

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La France qui informe de 1760 à 1815 l'opinion canadienne est la France de 1789, de la Révolution et de son expansion mondiale. L'apport de l'étude de M. Galarneau est donc à chercher au plan de l'impact de la Révolution française au Canada, dans le prolongement des travaux de Godechot et de Palmer, et au plan de la représentation particulière que se firent les Canadiens de la France, ancienne mère-patrie, puis pays de Révolution.

L'A. a habilement exploité les sources manuscrites de dépôts d'archives privés; son recours aux registres d'état civil présente un intérêt particulier. M. Galarneau déplore avec raison (p. 4) l'inaccessibilité à certaines archives privées, dont les archives sulpiciennes de Montréal et de Paris 3 (maintenant plus accessibles) qui eussent éclairé avec grand profit la signification de l'arrivée des prêtres émigrés français auxquels l'A. attache une très grande importance et qui eussent réduit moins à la seule ville de Québec la portée de certaines de ses découvertes. D'autres documents manuscrits auraient pu ou pourraient intéresser chercheurs et lecteurs.4 Quant aux archives françaises, l'A. avoue (p. 5) y avoir fait "quelques menues découvertes".

Les travaux de Hamelin et Beaulieu, Casey, Hare, Tremaine, Dionne, Monaghan ont permis à l'A. une exploitation systématique des sources imprimées.5

M. Galarneau a utilisé les travaux méthodologiques américains et français qu'il cite en bibliographie concernant l'analyse de contenu, l'analyse de l'opinion publique, la diffusion des Révolutions, la psychologie sociale et se révèle familier avec les travaux sur le problème des représentations internationales. Enfin, si on en juge par l'utilisation de monographies "néanmoins utiles" (p. 6) de l'historiographie canadienne, le travail de M. Galarneau constitue une synthèse de nombreux problèmes d'histoire culturelle: les relations franco-canadiennes (Lanctôt, Marion, Suite, Roque-brune, de Bonnault), l'impact de la Révolution dans le Bas-Canada (Flenley, Brunet, Vernon, Wade, Mansuy), les différents aspects de la vie intellectuelle: l'imprimerie (Fauteux), les bibliothèques (Drolet), l'éducation (Groulx, Audet), les arts (Morisset), sans compter l'ouvrage de A. Roy sur lequel l'A. s'appuie.

La définition que l'A. donne au terme "opinion" gagnerait à être spécifiée. Son utilisation dans le cas d'une étude de presse s'avère ...