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Comptes rendus

MAGOCSI, Paul Robert, dir., Aboriginal Peoples of Canada : A Short Introduction (Toronto, University of Toronto Press, 2002), 308 p.

  • Olive Patricia Dickason

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  • Olive Patricia Dickason
    Professeur adjoint, Université d’Ottawa
    Professeur émérite, Université de l’Alberta

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Traduction : Pierre R. Desrosiers

Cette vue d’ensemble des Premières Nations du Canada, d’abord publiée en 1999 en introduction d’une section de l’Encyclopedia of Canada’s Peoples, propose un portrait saisissant des sociétés et des cultures qui se partageaient le pays à l’époque de l’arrivée des premiers Européens. Loin d’être ces « féroces sauvages » (que les Européens décrivirent au contact de traits culturels qui leur étaient totalement étrangers), les Amérindiens avaient trouvé des solutions ingénieuses et fort élaborées aux problèmes que posait la vie dans une région nordique sortant d’une glaciation. Qu’ils aient brillamment relevé ces défis se manifesta non seulement par la riche diversité de leurs cultures mais aussi par leur capacité à s’adapter à la nou-velle situation créée par l’arrivée des Européens. Le changement, après tout, avait toujours été partie intégrante de leur mode de vie et cette arrivée n’en était que la plus récente manifestation.

Pour dresser cette vue d’ensemble complexe et haute en couleur, Paul R. Magocsi, professeur d’histoire à l’Université de Toronto, a choisi d’en classifier les éléments selon les familles linguistiques. Il s’est cependant permis d’y inclure les Métis, groupe d’exception dans la mesure où il a transgressé les frontières linguistiques. La classification se lit ainsi : Algonquiens des forêts de l’Est, Algonquiens des Plaines, Algonquiens subarctiques, Inuit, Iroquoiens, Ktunaxa, Métis, Na-Dénés, Salish, Sioux, Tsimshians et Wakashans. À ces groupements correspondent plus de soixante-dix langues (selon le mode de calcul) qui furent en usage dans le Canada autochtone. Les plus nombreuses furent celles des Algonquiens, qui forment trois des groupes retenus par Magocsi. À chaque groupe correspond un chapitre signé par un spécialiste. Professeur d’histoire à l’Université de Saskatchewan, J. R. Miller en dessine le cadre d’ensemble en introduction.

Ainsi que le rappelle Miller, évaluer le nombre d’Autochtones vivant dans notre hémisphère à l’époque précolombienne pose des problèmes encore non résolus. Un taux de mortalité aussi élevé que 90 à 95 %, qui semble avoir coïncidé avec l’arrivée des Européens, signifierait que la population antérieure à ce premier contact était de dix à vingt fois plus nombreuse qu’elle ne l’est aujourd’hui. Au Canada, la notion fort répandue d’un « territoire vierge » deviendrait alors pure affabulation, bien que l’immensité et la géographie fort diverse du territoire aient signifié une vaste dispersion de ces populations.

Le contact initial entre Autochtones et Européens fut, au Canada, tout à fait particulier en ce qu’il donna lieu à des alliances et à des partenariats en matière d’activités telles l’exploration et l’exploitation des pêcheries et de la fourrure ; association qui se poursuivit à divers degrés durant quelque deux siècles. Elle se réduisit peu à peu à mesure que s’imposèrent la colonisation et le développement des ressources menés par les Européens. Si cela fait contraste avec le récit habituel de la conquête, le résultat n’en est guère différent : dépossession des Autochtones et bouleversement de leur mode de vie traditionnel. De partenaires qu’ils avaient été, les Amérindiens devinrent bientôt superflus et furent même considérés comme des obstacles au progrès. De telles notions, auxquelles s’ajoutait la certitude que les « Indiens » étaient « en voie de disparition », connurent leur plus fort rayonnement au Canada à la fin du XIXe siècle et dans la première partie du XXe. Bien que des Amérindiens aient bientôt réagi en revendiquant leurs droits, allant même, en de rares occasions, jusqu’à chercher à reprendre le contrôle de leurs propres affaires, de tels mouvements n’allaient prendre une envergure nationale qu’après la Deuxième Guerre mondiale. Ce renouveau de la confiance en soi se manifesta avec éclat lors du recensement de 1991, alors que le nombre de citoyens revendiquant une ascendance autochtone augmenta de 41% par rapport à 1986 ; et ce nombre n’a cessé de grandir depuis. Miller y voit la manifestation d’un renouveau spirituel, politique et culturel alors en cours dans les communautés autochtones et qui est aujourd’hui plus puissant que jamais.

Les études minutieuses qui composent cet intéressant ouvrage montrent que les sociétés amérindiennes préhistoriques, aussi différentes aient-elles été les unes des autres, avaient beaucoup en commun sur le plan culturel. À preuve, leur manière de réagir à l’entrée en scène des Européens. À maintes reprises, la coopération et le partenariat initiaux contribuèrent de manière importante à ouvrir le territoire aux nouveaux venus et finirent par céder devant les forces mêmes qu’ils avaient aidé à se déployer. Les cultures autochtones étant fort diverses au Canada, ce phénomène prit différentes formes et s’accomplit à diverses époques au fil de la pénétration des Européens en quête de ressources à exploiter et d’âmes à convertir. Sur la côte Atlantique, le phénomène était déjà en cours au XVIe siècle, provoqué d’abord par les pêcheries et ensuite par les missionnaires. Sur la côte du Pacifique, les échanges commerciaux ne se développèrent pas avant le XVIIIe siècle. Dans l’Arctique, les bandes inuit les plus éloignées en étaient encore, au XXe siècle, à leur premier contact avec des Européens. Ce n’est qu’à la fin des années 1960 que les igloos furent remplacés par des maisons de bois préfabriquées. Tout au long de cette évolution, les systèmes sociopolitiques traditionnels perdurèrent, même lorsque la tradition se mêla à la nouveauté. Aujourd’hui, l’acceptation passive est révolue ; les Amérindiens de partout s’affirment avec de plus en plus d’autorité et la majorité blanche apprend à prêter l’oreille.

Ces essais, qui racontent les histoires des Premières Nations du Canada sous l’angle anthropologique et historique, proposent une introduction sûre et agréable à un aspect trop souvent négligé de l’histoire du Canada. Placés en introduction à l’Encyclopedia of Canada’s Peoples, ils ont apporté à cet ouvrage une dimension inespérée. Non seulement ont-ils démontré que l’histoire du pays est infiniment plus ancienne et plus diverse qu’on ne l’avait habituellement admis, mais ils ont, par-dessus tout, montré hors de tout doute l’importance du rôle tenu par les Premières Nations dans la fondation du Canada. Ils y sont parvenus en faisant, tout simplement, ce que doivent faire les histoires générales du Canada : commencer par le commencement.