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Comptes rendus

Girard, Denise, Thaïs. La voix de la lutte des femmes (1886-1963) (Québec, Septentrion, 2012), 269 p.[Record]

  • Sophie Doucet

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  • Sophie Doucet
    Département d’histoire, Université du Québec à Montréal

L’histoire des femmes au Québec est une sous-discipline encore jeune à l’intérieur de laquelle le genre biographique n’a pas tenu une grande place, les historiennes ayant privilégié les études plus étendues leur permettant de cerner le passé collectif des femmes. Depuis quelques années, toutefois, on sent un certain retour de la biographie et il est intéressant de voir dépoussiérée et redonnée à la mémoire collective l’histoire de certaines femmes ayant marqué leur temps, comme Éva Circé-Côté (dans une biographie d’Andrée Lévesque) ou encore Elsie Reford (dans les travaux de Karine Hébert), tant il est vrai que le parcours d’un individu offre souvent un éclairage d’exception sur une époque. L’ouvrage de l’ethnologue Denise Girard sur la féministe Thaïs Lacoste-Frémont s’inscrit dans ce nouvel élan que connaît le genre biographique. En préparant son dernier ouvrage, Mariage et classes sociales (PUL, 2000), Girard s’est notamment intéressée à la famille Lacoste, dont sont issues la militante pour les droits des femmes Marie Gérin-Lajoie et la cofondatrice de l’Hôpital Sainte-Justine, Justine Lacoste-Beaubien. Cette famille bien en vue de la bourgeoisie montréalaise comptait en fait six garçons et sept filles, parmi lesquelles Thaïs Lacoste-Frémont, ardente féministe établie à Québec, dont le nom et le parcours ont été presque oubliés (même si un édifice gouvernemental à Québec porte son nom). En la découvrant à travers les archives abondantes qu’elle a laissées, Denise Girard, ancienne gestionnaire de bibliothèque, s’est donnée comme mission de la redonner à la mémoire. Dans Thaïs. La voix de la lutte des femmes (1886-1963), Denise Girard lève le voile sur une femme au parcours remarquable, certes, mais – disons-le d’entrée de jeu – qui ne justifie en rien qu’on la considère comme « la » voix de la lutte des femmes, un choix de titre fort malheureux qui incombe probablement plus à l’éditeur qu’à l’auteure. Épouse de Charles Frémont, avocat qui deviendra surintendant général de la chasse et de la pêche au Québec, cette mère de quatre enfants est une personnalité bien en vue et respectée de la capitale. Elle se fera d’abord connaître, montre Girard, en devenant présidente de l’Association des femmes conservatrice de la ville de Québec (AFQ), une association affiliée au parti conservateur fédéral, où elle développera ses talents d’organisatrice et de conférencière et où elle sera chargée de trouver des emplois aux amis du parti. En 1932, peut-être pour la remercier de ses services, le gouvernement Bennett la nomme déléguée du Canada à la 13e assemblée de la SDN, à Genève. Thaïs Lacoste-Frémont passe deux mois en Europe, durant lesquels elle noue des relations avec des féministes de plusieurs pays qui alimenteront sa réflexion sur la situation des femmes. Entre 1933 et 1935, une rumeur court qu’elle pourrait être nommée sénatrice, ce qui ferait d’elle la deuxième femme (et première Canadienne française) après Cairine Wilson à siéger à la Chambre haute, mais cette rumeur ne se concrétise pas, à sa grande déception. Par la suite, Thaïs Lacoste-Frémont – femme très religieuse – s’engage auprès de la Ligue catholique féminine, donne des cours à l’École d’action catholique sur la situation des femmes, oeuvre à l’Association canadienne des consommateurs (ACC) et milite activement pour des changements au statut civil des femmes mariées, continuant par là l’oeuvre de sa soeur Marie. Denise Girard a dépouillé plusieurs fonds d’archives pour reconstituer la vie de son personnage, dont le volumineux fonds Thaïs Lacoste-Frémont du Séminaire de Québec. Sa documentation est solide, mais par moments, on aimerait qu’elle la cite davantage, qu’elle y colle plus. Le ton de l’ouvrage oscille entre celui de l’étude historique sérieuse et de la biographie grand public, voire, à certains …