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Comptes rendus

Olson, Sherry et Patricia Thornton, Peopling the North American City, Montreal 1840-1900 (Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2011), 524 p.[Record]

  • Simon Jolivet

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  • Simon Jolivet
    Historien

L’ouvrage est remarquable. Commencé il y a 25 ans, il est issu du travail colossal des géographes-historiennes Sherry Olson et Patricia Thornton. Original dans sa façon de tracer l’évolution et le développement d’une ville et des individus qui l’habitent, l’ouvrage Peopling the North American City, Montreal 1840-1900 marque le couronnement professionnel de deux chercheuses méticuleuses. Il marque aussi un nouveau départ pour l’historiographie québécoise qui, désormais, devra tenir davantage compte des rapports entre le groupe majoritaire franco-catholique et les minorités anglophones. On pourra bien sûr reprocher le style hermétique, les quelque 130 figures et tableaux (certains superflus) ou encore certains passages rébarbatifs dignes d’une certaine histoire sociale. Il reste, au final, que ce livre est le premier du genre à étudier, sur une aussi longue période, les trois communautés montréalaises les plus influentes du XIXe siècle  : canadienne-française, catholique irlandaise et protestante anglophone. Regroupant à eux seuls près de 96 % de la population de la ville jusqu’en 1900, ces groupes ont marqué profondément l’histoire du Québec et la culture montréalaise. Les études sur les anglophones sont encore très rares ; la synthèse de Ronald Rudin étant l’exception qui confirme la règle. Qui plus est, l’historiographie a encore peu documenté les relations entre anglophones catholiques/protestants et Canadiens français. Pourtant, les anglophones étaient majoritaires à Montréal pendant un certain temps  : « Entre 1831 et 1867, la majorité de la population est anglophone, atteignant un seuil maximal en 1844, avec 55 %. » (Jean-Claude Robert, Atlas historique de Montréal, Montréal, Libre Expression, 1994, p. 93.) Ce n’est pas par hasard si la ville de Montréal se dote en 1833 d’une devise appropriée pour la circonstance : Concordia Salus (le salut par la concorde). Il est vrai que l’historiographie s’est ouverte à la question de la diversité culturelle depuis deux décennies. Les travaux de Pierre Anctil et de Chantal Ringuet sur la communauté immigrante yiddish à Montréal, ceux de Roberto Perin et de Bruno Ramirez sur les catholiques irlandais ou italiens, ceux de Martin Pâquet et de José Del Pozo, etc., ont montré en quoi l’Autre a enrichi la collectivité québécoise, spécialement en ce qui concerne le XXe siècle. Pourtant, la vie des communautés anglophones du XIXe siècle n’a pas fait l’objet d’études aussi importantes. En 1992 déjà, dans un article publié dans la RHAF, Jane Greenlaw notait combien « les chercheurs n’ont pas beaucoup étudié la communauté (anglophone) protestante de Montréal (« Choix pratiques et choix des pratiques : le non-conformisme protestant à Montréal (1825-1842) », 46-1, 1992, p. 93) ». Michel Ducharme, dans un excellent ouvrage, en rajoutait  : « Si certains groupes ont reçu beaucoup d’attention de la part des historiens… d’autres, telle que l’élite anglophone du Bas-Canada, ont presque été ignorés. » (Le concept de liberté au Canada à l’époque des Révolutions atlantiques (1776-1838), McGill-Queen’s University Press, 2010, p. 10). Le travail de Sherry Olson et Patricia Thornton arrive donc à point. En plus de combler une lacune historiographique importante, les auteures réussissent à saisir la complexité des rapports micro et macro entretenus entre et par les membres de ces trois communautés. Un des exploits de ce livre est de réunir le « collectif » et « l’individuel ». Les auteures n’oublient jamais que les trois groupes sont d’abord et fondamentalement constitués d’êtres humains, que ces derniers soient membres des élites ou des ouvriers, des anglophones ou des francophones, des protestants ou des catholiques. Olson et Thornton offrent une analyse minutieuse des conditions de vie des Montréalais au XIXe siècle, en rappelant qu’ils sont issus de groupes ethnoculturels distincts et …