Comptes rendus

Harvey, Fernand, La vision culturelle d’Athanase David (Montréal, Del Busso Éditeur, 2012), 272 p.[Record]

  • Alexandre Turgeon

…more information

  • Alexandre Turgeon
    Département des sciences historiques, Université Laval

Ces dernières années, les travaux de l’historien et sociologue Fernand Harvey, ancien titulaire de la Chaire Fernand-Dumont sur la culture et à laquelle il est toujours rattaché, portent sur les origines des politiques culturelles au Québec. Il va sans dire qu’il s’est intéressé à Georges-Émile Lapalme, premier titulaire du ministère des Affaires culturelles dans le gouvernement de Jean Lesage (1961-1964), mais aussi à Athanase David et à Hector Poirier qui furent tous deux secrétaires de la province, l’un de 1919 à 1936 dans les gouvernements de Louis-Alexandre Taschereau et d’Adélard Godbout, l’autre de 1940 à 1944 dans le second gouvernement Godbout. Des trois, c’est Athanase David, qui fut par la suite sénateur de 1940 à 1953, qui retient surtout l’attention de Fernand Harvey. Il le présente comme un véritable précurseur des politiques culturelles de l’État québécois dont il veut faire connaître l’oeuvre par cet ouvrage (p. 11). Comme le titre l’indique, l’ouvrage porte sur la vision culturelle d’Athanase David, bien que ce ne soit pas une monographie, comme on pourrait le croire en consultant la quatrième de couverture. Il s’agit en fait d’un recueil de trente « textes » écrits par Athanase David que Fernand Harvey nous présente, regroupés sous deux grandes parties : « Le Québec et la société canadienne-française » et « Histoire et culture ». Ces textes ont été rassemblés selon douze thèmes, cinq dans la première partie (« L’avenir du Canada français », « L’éducation », « Les relations avec la France », « Plaidoyer en faveur de l’admission des femmes au Barreau », « La victoire des alliés, la démocratie et l’unité canadienne ») ; sept dans la seconde (« L’État et l’aide à la culture », « Premiers impacts des bourses d’études en Europe », « Le Prix David », « Le patrimoine et les archives publiques », « Les beaux-arts et le musée de la Province », « La musique symphonique à Montréal », « Pour une programmation québécoise à la radio »). Ces textes sont précédés d’un chapitre introductif fort complet où Fernand Harvey nous indique la marche à suivre pour nous y retrouver dans la pensée d’Athanase David sur la culture, une pensée dense décortiquée par l’historien. Si Athanase David s’intéresse autant à la culture, c’est parce qu’il est profondément concerné par l’avenir du Canada français. Marquée par la marche de l’histoire, son identité « n’est ni française, malgré la fidélité à ses origines, ni anglaise, malgré l’apport des institutions parlementaires britanniques » (p. 16). Athanase David se considère en fait comme Canadien, soit une identité en construction – à l’époque comme de nos jours, pourrait-on dire… –, qui se « conjugue à deux niveaux : celui du Québec, qu’il appelle sa “petite patrie”, et celui du Canada, qu’il considère comme sa “grande patrie” » (p. 47). Athanase David participe activement à la construction de cette identité canadienne, comme en fait foi sa proposition d’instaurer un manuel unique d’histoire du Canada, alors qu’il est sénateur (p. 214-220). Selon Athanase David, alors que la mentalité française est celle « de l’art, de la pensée et des idées », la mentalité anglaise est, pour sa part, « le parfait modèle de l’administration politique et financière » (p. 15). C’est pourquoi, « la formation d’une élite économique appelle, en complément, celle d’une élite culturelle et artistique » (p. 28). Aussi, est-ce pour permettre le plein épanouissement du Canada français qu’il a posé « les bases de l’institutionnalisation de la culture au Québec » (p. 49). À cet effet, ses réalisations sont nombreuses : pensons à la bonification du programme des bourses d’Europe (p. 177-178), …