Comptes rendus

Blake, Jason et Andrew C. Holman, The Same But Different : Hockey in Quebec (Montréal et Kingston, McGill – Queen’s University Press, 2017), 339 p.[Record]

  • Étienne Lapointe

…more information

  • Étienne Lapointe
    Département d’histoire, Université du Québec à Montréal

La littérature universitaire consacrée à l’histoire du sport dans le cadre canadien et québécois étant, à ce jour, lacunaire à plusieurs égards, c’est avec un enthousiasme certain que les chercheurs spécialisés dans ce champ d’études accueilleront The Same But Different : Hockey in Quebec. En effet, voilà un ouvrage collectif qui entend jeter un peu de lumière sur ce que représente le hockey au Québec qui, bien qu’étant identique sur le plan technique au hockey pratiqué dans le Rest of Canada (ROC), revêt des significations différentes en plus d’être aussi considéré comme le « sport national » alors que l’idée même de nation diffère qu’on soit québécois ou canadien (p. 4-5). Ainsi, ce sont dix chapitres rédigés par autant de spécialistes qui offrent chacun une étude sur un aspect particulier du hockey illustrant le caractère distinct du Québec dans son rapport à ce sport. Sans surprise, dans un ouvrage consacré au hockey au Québec, le Canadien de Montréal occupe une place de choix. Ce ne sont pas moins de six des dix chapitres qui traitent de la prestigieuse équipe montréalaise ou qui s’intéressent à l’un de ses joueurs. Ainsi, Emmanuel Lapierre aborde la question du nationalisme culturel qui serait au coeur des représentations que le Club de Hockey Canadien, dirigé par des anglophones, tente de mettre en place et celles auxquelles a adhéré le public canadien-français qui a fait du Canadien de Montréal un des symboles durables de son identité. Selon Lapierre, le Canadien aurait ignoré le nationalisme culturel des francophones à travers ses communications et ses diverses commémorations qui n’auraient eu d’autres buts que d’imposer une forme de colonialisme culturel à un public majoritairement composé de francophones qui se trouverait ainsi confronté à deux formes « incompatibles » de représentation de l’identité collective, canadienne d’un côté et québécoise de l’autre (p. 62-84). Fannie Valois-Nadeau se penche sur l’implication philanthropique et sociale développée par le Canadien à travers sa Fondation pour enfants, implication qui aurait permis au club de hockey de concrétiser l’attachement symbolique de la société québécoise à son endroit intervenant financièrement au sein de la communauté (p. 85-102). Dans un chapitre ultérieur, c’est l’intense rivalité entre le Canadien et les Nordiques de Québec, en grande partie construite par les médias, du moins en regard de la guerre linguistique que les deux équipes se seraient livrée à l’arrivée des Nordiques dans la LNH, qui est finement analysée par Terry Vaios Gitersos (p. 103-124). Julie Peronne, quant à elle, s’intéresse au Forum de Montréal où le Canadien a joué de 1924 à 1996. Cet endroit serait devenu, au moment de sa fermeture, un « lieu de mémoire », concept développé par Pierre Nora. Elle constate que la fermeture du Forum au profit d’un nouvel amphithéâtre, soit le Centre Molson (aujourd’hui le Centre Bell), a permis l’expression de souvenirs et de mémoires à propos d’un lieu qui a soudainement pris une valeur symbolique nouvelle (p. 125-142). On doit à Paul Martin un chapitre consacré à l’autobiographie de l’ancien « policier » du Canadien, Georges Laraque. Martin s’attache à démontrer que les différences culturelles entre le Québec et le ROC sont si importantes qu’elles se reflètent dans la traduction d’un livre dont les auteurs seraient les mêmes, soit Georges Laraque et son coauteur. Ainsi, du titre aux informations qu’on retrouve en quatrième de couverture en passant par les représentations de Laraque sur lesquelles l’accent est mis, les différences entre les versions anglaise et française du même livre sont si ...