Comptes rendus

Inksetter, Leila, Initiatives et adaptations algonquines au XIXe siècle (Sillery, Septentrion, 2017), 520 p.

  • Brian Gettler

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  • Brian Gettler
    Université de Toronto

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Cover of Volume 72, Number 3, Winter 2019, pp. 5-134, Revue d’histoire de l’Amérique française
Dans Initiatives et adaptations algonquines au XIXe siècle, Leila Inksetter propose une étude exceptionnelle de l’histoire d’un peuple autochtone du subarctique. Organisé en quatre chapitres, l’ouvrage constitue une histoire exhaustive des Algonquins septentrionaux (de la région des lacs Abitibi et Témiscamingue) pendant le XIXe siècle. Après une longue introduction qui survole les littératures historique et anthropologique portant sur les Algonquins et les Autochtones avoisinants et qui met en scène les défis coloniaux auxquels ces communautés ont fait face pendant le siècle, le premier chapitre résume le mode de vie algonquin (démographie, alimentation, organisation sociale, culture matérielle, occupation territoriale) de 1800 aux années 1830. Le deuxième chapitre part de ce portrait d’ensemble afin d’analyser le point principal de rencontre entre les Algonquins et les Euro-Canadiens pendant ce début du siècle – c’est-à-dire, la traite des fourrures. La spiritualité algonquine et l’intégration du catholicisme au sein de celle-ci au deuxième tiers du XIXe siècle forment le sujet du troisième chapitre. Le quatrième chapitre, quant à lui, se penche sur la colonisation eurocanadienne et l’arrivée dans la région de l’État, phénomènes marquant la deuxième moitié du XIXe siècle. La conclusion du livre résume de manière efficace ses arguments centraux en affirmant que l’histoire dont il est question est caractérisée avant tout par « une volonté manifeste des Algonquins de contrôler leur propre destinée et de se protéger contre un mauvais pouvoir » (p. 491), qu’il soit issu de la cosmologie ou de la société algonquine ou de la rencontre coloniale. Sis à la confluence de plusieurs champs de recherche, le livre est profondément ethnohistorique et s’inscrit dans un courant historiographique portant sur les Autochtones du Moyen-Nord québécois dont Toby Morantz et Claude Gélinas sont certainement les auteurs les mieux connus. En effet, Inksetter poursuit une conversation avec les oeuvres de ces chercheurs tout au long du livre, soulignant à quel point l’expérience historique des différents peuples autochtones du subarctique diverge tout autant qu’elle se rejoint. Sa contribution à l’ethnohistoire est aussi évidente sur le plan méthodologique. Il s’agit effectivement d’une étude minutieuse, voire exhaustive, qui croise des données tirées des archives du XIXe siècle et des analyses ethnographiques du XXe et du XXIe siècle. Si Initiatives et adaptations algonquines s’adresse aux historiens, il sollicite autant l’attention des anthropologues. En effet, il constitue une sorte de « préhistoire », non pas dans le sens désuet d’analyses portant sur les sociétés sans écriture, mais plutôt parce qu’il vise à fournir un portrait d’ensemble de la société algonquine avant l’arrivée sur le terrain des anthropologues au début du XXe siècle. Détentrice d’un doctorat en anthropologie, Inksetter cherche à délester la discipline de ses a priori en ce qui concerne l’histoire des Algonquins qui, après avoir vécu un « âge d’or », auraient subi pendant le XIXe siècle des pressions externes destructrices, les menant vers l’état de « dégradation » décrit par les anthropologues du début du siècle suivant (p. 12-13). Inksetter démolit ce récit. Son livre dépeint le XIXe siècle algonquin comme une période d’amélioration des conditions matérielles et de complexification des structures sociales. Il démontre, par exemple, qu’au cours du siècle, le nombre et la fréquence des famines baissent grâce à la croissance fulgurante des orignaux dans la région ainsi qu’à l’apport des aliments soit importés (notamment la farine) soit cultivés sur place (surtout la pomme de terre). En l’absence d’épidémies à grande échelle (et ce sans accès à la médecine ...