Comptes rendus

Roulet, Éric, La Compagnie des îles de l’Amérique 1635-1651. Une entreprise coloniale au XVIIe siècle (Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017), 812 p.

  • Helen Dewar

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  • Helen Dewar
    Département d’histoire, Université de Montréal

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Cover of Volume 72, Number 4, Spring 2019, pp. 5-133, Revue d’histoire de l’Amérique française
Alors qu’ils s’intéressent depuis longtemps aux débuts de l’histoire de la Nouvelle-France, les historiens ont prêté peu d’attention aux Antilles françaises au XVIIe siècle (à l’exception notable de Philip Boucher, de Paul Butel, d’Éric Schnakenbourg et de Jacques Petitjean Roget). Les sources, dit-on, manquent. Cet ouvrage d’Éric Roulet nous montre en revanche la richesse de la documentation sur la Compagnie des îles de l’Amérique, l’entreprise qui supervisa la conquête et l’exploitation des îles au nom de la France de 1635 à 1651. En effet, il s’agit d’une étude exhaustive de la compagnie, sa structure, son fonctionnement, son personnel et ses relations avec l’État. Selon Roulet, la compagnie constitue « un prisme » à travers lequel « toute la politique coloniale de la France aux Antilles » est mise en évidence (p. 16). Roulet souhaite redresser le bilan plutôt négatif de la compagnie dans l’historiographie. Selon lui, les historiens précédents ont pris au mot les commentaires des contemporains sans avoir creusé dans les différents types de sources disponibles. Cet ouvrage témoigne effectivement de cette variété. Tout d’abord, l’auteur a consulté les délibérations de la compagnie, dont une grande partie a survécu jusqu’à nos jours (et qui sont d’ailleurs toutes incluses en annexe de l’ouvrage). Cette richesse représente une occasion exceptionnelle d’examiner de près le fonctionnement interne d’une telle société et ses relations avec le pouvoir. Ces fonds de la compagnie sont mis ensemble avec des documents issus d’un nombre impressionnant d’archives et bibliothèques municipales, départementales, nationales et étrangères, rédigés en plusieurs langues. À partir de cette riche base documentaire, Roulet brosse un portrait à la fois de la compagnie et des îles antillaises pendant son mandat, d’où l’ampleur impressionnante de l’ouvrage qui est divisé en sept parties de trois chapitres chacune. Les quatre premières parties traitent de l’organisation, du personnel et du fonctionnement de la compagnie, alors que les trois dernières parties abordent la société et l’économie antillaises ainsi que la détérioration des relations entre la compagnie, les gouverneurs et les habitants insulaires à partir des années 1640. Le souci de situer la compagnie dans différents contextes fait la force de l’étude. Dans le premier chapitre, Roulet met la compagnie dans le contexte de l’intérêt soutenu de l’État, et surtout du cardinal de Richelieu, pour les affaires maritimes et commerciales pendant les années 1620 et 1630. En octobre 1626, le même mois où Richelieu signa l’acte de fondation de la Compagnie de Saint-Christophe, prédécesseur de la Compagnie des îles, le cardinal se fait nommer « grand maître et surintendant du commerce et de la navigation ». Il a pour objectif d’étendre son autorité tout au long des côtes françaises, objectif dans lequel s’inscrivent les deux compagnies successives. Richelieu est actionnaire, plusieurs de ses clients investissent dans l’entreprise et le renseignent sur la marche des affaires, et les principaux ports d’attache métropolitains des deux compagnies sont directement sous son contrôle. Bref, « la politique commerciale du cardinal et de la monarchie se confond avec celle de la Compagnie » (p. 281). Ce contexte politique permet à l’auteur de faire des connexions entre la Compagnie des îles et d’autres compagnies à vocation « régionale » qui voient le jour à la même époque, notamment la Compagnie de la Nouvelle-France, fondée en 1627. Les liens entre les deux compagnies sont multiples et se voient surtout au niveau des gens impliqués. Par exemple, un tiers des associés de cette dernière sont déjà investisseurs dans l’entreprise ...