Recensions

Andrée Rivard, De la naissance et des pères, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2016, 189 p.

  • Alexandre Klein

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  • Alexandre Klein
    Chercheur postdoctoral, Département des sciences historiques, Université Laval, Canada

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Cover of L’histoire environnementale, Volume 36, Number 1, Fall 2018, pp. 9-254, Cahiers d'histoire
Après avoir fait paraître en 2014, chez le même éditeur, sa thèse de doctorat consacrée à l’histoire contemporaine de la maternité au Québec, l’historienne Andrée Rivard nous offre aujourd’hui le revers de la médaille en publiant De la naissance et des pères. Ce nouvel opus, fruit d’un travail de recherche postdoctorale réalisé en 2011-2012 sous la direction de Francine de Montigny—qui postface d’ailleurs l’ouvrage—, s’intéresse en effet au vécu de la naissance par les pères québécois et à l’évolution de leur implication dans la période périnatale au cours des années 1950-1980. À partir d’archives diverses, de publications et d’entretiens, Rivard se propose de suivre la transformation de l’implication des pères au moment de la naissance de leur(s) enfant(s) afin de démontrer qu’elle résulte d’une interaction entre l’évolution de sensibilités masculines à l’égard de la famille et des enjeux politiques et sanitaires. Elle entend, autrement dit, retracer l’histoire du « nouveau » modèle paternel axé sur l’intimité et la relation avec l’enfant, qui se voit valoriser à partir des années 1950-1960. Pour ce faire, elle divise son ouvrage en six chapitres. Le premier dresse un portrait de la famille québécoise francophone de la classe moyenne du milieu du XXe siècle. Il insiste sur l’hétérogénéité des comportements paternels, et ce malgré l’influence marquée des normes sociales et sanitaires relayant l’image du père idéal en tant que mari pourvoyeur. Le second chapitre montre ensuite comment la médicalisation de la naissance et son déplacement vers l’hôpital participent de l’exclusion du père d’un moment auquel il pouvait pourtant auparavant, si ce n’est contribuer, du moins assister plus ou moins activement selon son envie. Le père se voit ainsi renvoyer à la porte de la salle d’accouchement, n’étant plus accueilli que dans ces cours prénataux qui voient alors le jour pour contrer la solitude de la parturiente. Cette situation n’est pourtant pas du goût de tous et rapidement, des hommes et des femmes, ici qualifiées d’avant-gardes, vont contester les règles hospitalières, comme le rappelle le troisième chapitre. Revendiquant d’autres modes d’accouchement, dit naturel ou conscient, ces couples vont valoriser des méthodes laissant toute sa place au père. De nombreux pères vont aussi lutter pour la reconnaissance de ce qu’ils jugent être un droit, celui d’être présent lors de la naissance de leur enfant ; droit qui va progressivement, comme le précise le chapitre 4, être reconnu au cours des années 1970. Mais ce nouvel accès des pères à la salle de travail impliquera alors de nouvelles normes—détaillées au chapitre 5—auxquelles les hommes vont devoir se soumettre. Le rôle du père se voit de plus en plus défini dans une posture d’accompagnant qui participe à le responsabiliser. Ce nouveau modèle d’accouchement, qui inclut un rôle bien codifié du père, ne satisfait, là encore, pas tout le monde, certains se sentant à l’étroit dans cette fonction imposée d’intervenant auxiliaire policé et souvent policier. Ils sont nombreux à souhaiter pouvoir agir en accord avec leurs valeurs personnelles afin de vivre pleinement et à leur rythme l’intensité de ce moment unique. Cette sensibilité nouvelle s’observe notamment, selon l’auteure, dans l’accueil réservé aux nouvelles méthodes d’accouchement « alternatives », en particulier la « naissance sans violence » du Dr Leboyer qui favorise la multiplication des scénarios comme des lieux d’accouchement selon l’envie des futurs parents. L’installation de chambres de naissance dans certains hôpitaux québécois participera, un temps ...

Appendices