Les fragments d’écriture d’Annie Leclerc : lecture et interprétation[Record]

  • Ghyslaine Guertin

Annie Leclerc nous a fait cadeau de quelques petits morceaux d'écriture, pensées d'un jour, au fil des jours... sans vraiment commencement ni fin. Morceaux ou variations sur la saveur de la vie... le sens de sa vie... la recherche d'un sens pour soi.

Il s'agit, en effet, d'une écriture qui appartient, comme le dirait Georges Gusdorf, au territoire des écritures du moi. Un territoire intimiste où le désordre, la digression s'imposent à la pensée qui cherche où elle est, où elle va dans l'espace-temps perdu puis retrouvé. À l'instar des notes dans une partition qui font signe en attendant d'être jouées, interprétées, celles du territoire d'Annie Leclerc, ouvertes à la lecture, s'exposent à des cheminements du sens inattendus.

Une première tentative de déchiffrement et de compréhension nous a conduits à chercher les thèmes récurrents des variations, l'ordre dans le désordre du sens, procédant à une sélection des fragments en vue de leur publication. La démarche de notre lecture s'inscrivait déjà à rencontre des intentions de l'auteure. La lettre amicale qu'elle nous adresse le 22 juin 1995 (voir le texte, p.37 infra) vient préciser, rectifier la direction du sens, montrant alors les parcours différents susceptibles d'être empruntés par l'auteure et le lecteur : "il m'est apparu, nous dit-elle, que vous aviez eu peut-être tendance à écarter le plus attaché aux gestes quotidiens, à l'humilité du faire, à la chaire modeste du familier - le féminin? - et à privilégier le plus abstrait, le déjà plus réfléchi en ébauche de discours - le masculin? -"

L'écriture du fragment qui donne à la fois trop et peu à lire autorise encore des interprétations et des contresens créateurs. À vous donc de jouer cette partition inachevée...

Ghyslaine Guertin

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AUTOMNE 1995, VOL 6 NO 1