Recensions

CHENU, Marie-Dominique, Une école de théologie : le Saulchoir[Record]

  • René-Michel Roberge

dossier d'analyses et de faits dont l'utilité et la portée scientifiques dépassent largement ce que laisserait entendre le titre de l'ouvrage.

Paul-Hubert Poirier

Marie-Dominique Chenu, Une école de théologie : le Saulchoir. Collection «Théologies», Paris, Éditions du Cerf, 1985 (14.5 x 23 cm), 182 pages.

Ce livre réédite le célèbre manifeste Père Chenu, publié « hors commerce » en 1937 et mis à l'index en 1942 pour ses idées sur les relations entre histoire et théologie. Le texte de Chenu est précédé de quatre études qui retracent les circonstances de sa condamnation et qui montrent la permanente actualité de l'objet du litige.

Sous le titre de Christianisme en tant qu'histoire et «théologie confessante», Giuseppe Alberigo situe les thèses alors controversées par rapport à l'itinéraire théologique de leur auteur et par rapport à la réaction romaine qu'elles ont suscitée. Sa proposition d'une « théologie confessante» où « la confession priante de la foi... constitue la seule forme légitime de théologie» (p. 32) nous semble abusive pour incarner aujourd'hui les intuitions de Chenu. Autre chose est de considérer, comme Chenu, la théologie comme la foi in statu scientiae, autre chose est d'en faire une forme primaire d'expression de la foi. L'étude suivante, d'Etienne Fouilloux sur Le Saulchoir en procès (1937-1942), nous invite à resituer la condamnation de Chenu dans le contexte du débat entre deux thomismes : celui de la scolastique sèchement spéculative et deductive de l'Angelicum où s'illustrait Garrigou-Lagrange et celui d'une ouverture à l'historicité de toute théologie, défendu par la théologie thomiste cisalpine. Jean Ladrière propose ensuite quelques réflexions sur l'historicité de la théologie dans ses rapports avec la philosophie. Enfin, Jean-Pierre Jossua nous dit comment il ressent aujourd'hui ces grandes options de Chenu que furent son sens de l'humain, de l'intelligence de la foi, de l'histoire, de la philosophie vivante et de la liberté.

Le texte de Chenu est une pièce majeure de l'histoire de la théologie du XXe siècle. En même temps qu'il nous révèle l'état lamentable de la théologie officielle de l'époque, il nous fait connaître l'inspiration des pionniers de la nouvelle théologie d'alors. Les intuitions maîtresses de

Chenu valent encore aujourd'hui, même si elles appelleraient d'autres formulations. Ainsi, même si la théologie s'exprime maintenant à travers la rationalité des sciences humaines, elle reste incarnation de la foi dans l'intelligence. Comme le Christ est tout aussi homme que Dieu, la théologie est tout autant savoir humain autonome que foi vécue. Aujourd'hui, on insisterait peut-être davantage pour dire que la théologie répond d'abord à une initiative de la raison ; il s'agit cependant toujours de la raison croyante, assez croyante dans le mystère de la Parole de Dieu devenant parole humaine pour prendre au sérieux tout questionnement humain sans perdre sa visée fondamentale.

Chenu était alors et est toujours resté un grand serviteur de la foi vécue. C'est comme cela qu'il a toujours conçu son métier de théologien. Voilà pourquoi sa théologie n'a jamais vieilli, à la différence hélas de celle de trop d'artisans de Vatican IL

R.-Michel Roberge

Martin Heidegger, Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie, trad, de l'allemand par J.-F. Courtine, Gallimard, (Bibliothèque de philosophie). Paris, 1985, 410 p.

La publication de ce cours vient préciser le projet initial d'Être et temps où l'« explication du temps comme horizon transcendantal de l'être •> n'a pu être menée à terme, suite à l'interprétation du Dasein sur ...