Note critique

Une première étude du Contra manichaeos de Titus de Bostra[*][Record]

  • Paul-Hubert Poirier

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  • Paul-Hubert Poirier
    Faculté de théologie et de sciences religieuses
    Université Laval, Québec

Évêque de Bostra, dans la province d’Arabie, sous les règnes de Julien (361-363) et de Valens (363-378), Titus serait à toutes fins pratiques un inconnu si, outre une mention dans une lettre de Julien à ses concitoyens de Bostra, l’historiographie chrétienne depuis Jérôme (De viris inlustribus 102) n’avait gardé le souvenir des « livres puissants » (fortes libri) qu’il écrivit contre les manichéens. Mais la consécration que lui donnait Jérôme en l’inscrivant au panthéon littéraire chrétien n’a en rien favorisé la diffusion et la connaissance de son oeuvre. De fait, les quatre livres de son énorme traité Contre les manichéens (Κατὰ μανιχαίων, ) sont restés jusqu’aujourd’hui à peu près terra incognita. Une telle situation s’explique sans doute par les dimensions même de l’ouvrage, par une langue et un style assez rébarbatifs, et par le fait que les oeuvres polémiques risquent toujours de sombrer dans l’oubli, une fois disparue l’hérésie ou l’erreur qu’elles prétendaient réfuter. Il est significatif qu’une oeuvre aussi capitale pour l’histoire de la pensée chrétienne que l’Adversus haereses d’Irénée de Lyon ne soit parvenue en intégralité que dans une traduction latine et, pour une bonne partie, dans une ancienne version arménienne, alors que le texte grec original n’est plus attesté que par des fragments et la tradition indirecte. Dans le cas du Contra manichaeos, un autre facteur a joué un rôle déterminant dans le peu de rayonnement qu’il a connu. Il s’agit essentiellement des conditions dans lesquelles l’oeuvre a été transmise. Composé peu après la mort de Julien l’Empereur, survenue dans la nuit du 26 au 27 juin 363, le Contra manichaeos de Titus de Bostra n’est en effet plus connu aujourd’hui, dans son entier, que par une version syriaque. Celle-ci est transmise par le plus ancien manuscrit syriaque daté, l’Add. 12150 de la British Library de Londres, dont la copie, effectuée à Édesse, fut achevée en novembre 411. Outre son importance comme témoin unique du texte complet du Contra manichaeos, cette version est remarquable par son antiquité, étant postérieure de moins d’un demi-siècle à la composition de l’oeuvre originale. Elle l’est aussi par la technique de traduction qu’elle utilise. Catherine Sensal et moi-même avons montré qu’elle présente, dans l’ensemble, les traits propres aux traductions dites verbum de verbo, caractérisées par leur souci de coller non seulement au sens mais aussi à la lettre du texte source. En ce qui concerne l’original grec, des quatre livres que comporte l’ouvrage, il n’y a que les deux premiers à avoir survécu dans la langue originale, ainsi que le début du livre III (chap. 1-30), un seul des cinq manuscrits connus donnant le texte jusqu’à III, 30. Par ailleurs, le plus ancien de ces manuscrits (Gènes, cod. Urbani 27, xie siècle), a subi, vraisemblablement au début du xvie siècle, un accident qui a perturbé l’ordre des cahiers 2 à 5 et celui des feuillets dans le 3e cahier (= 2e cahier originel). Cet accident a occasionné le passage dans le Contra manichaeos de Titus (en I, 18) de près de 60 % du Contra manichaeos de Sérapion de Thmuis, qui précédait celui de Titus dans le manuscrit de Gènes. C’est ce témoin, ainsi défiguré, qui a engendré trois autres manuscrits et surtout les éditions anciennes du texte grec du Contra manichaeos jusqu’à celle de Migne (PG 18, 1857). Un seul manuscrit, l’Athos, Vatopédi 236, du xiie siècle, signalé en 1928, a ...

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