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Recensions

Mélanie Lanouette, Faire vivre ou faire connaître. Les défis de l’enseignement religieux en contexte de renouveau pédagogique (1936-1946). Québec, Les Presse de l’Université Laval (coll. « Religions, cultures et sociétés »), 2002, xviii-174 p.

  • Charles-Étienne Guillemette

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  • Charles-Étienne Guillemette
    Université Laval, Québec

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L’ouvrage s’inscrit dans le mouvement historiographique qui propose un renouvellement des problématiques en histoire de l’enseignement religieux centré sur une meilleure compréhension des rapports entre le religieux et le socioculturel. Ce livre a pour objectif l’analyse du renouveau des méthodes pédagogiques dans le mouvement catéchistique de la fin des années 1930 et du début des années 1940 au Québec. L’A. part du postulat que ces années constituent un sommet dans la remise en question de l’immobilisme de certaines communautés religieuses enseignantes. Dans le cas présent, elle s’attarde à la communauté des Frères des Écoles chrétiennes considérée comme une congrégation de premier ordre dans l’enseignement ainsi que dans le renouveau pédagogique au Québec centré sur un enseignement plus vivant et fondé sur une pédagogie inductive et active. Cette pédagogie n’est pas sans remettre en question le système question/réponse des méthodes d’enseignement catéchistiques traditionnelles.

Dans l’introduction, l’A. présente un aperçu de l’état des recherches et des questions fraîchement débattues dans le courant historiographique récent en histoire de l’enseignement religieux. Elle propose une relecture des sources normatives afin de situer le contexte de production ainsi que l’identité du producteur. Sensible aux mécanismes de la transmission de la religion, elle définit les deux corpus à travers lesquels porte sa recherche : les revues pédagogiques Les Études et La Voix du travail et la série catéchistique Mon cahier de religion. La première partie de l’ouvrage est consacrée à une remise en contexte de l’oeuvre de la communauté. Une attention particulière est accordée dans le premier chapitre à l’histoire de l’implantation des Frères au Québec et de leur tendance au renouvellement de la pédagogie selon l’école active dans les années 1930 et 1940. De fait, l’A. mentionne, dans le chapitre suivant, plusieurs initiatives comme la mise sur pied des « croisades du catéchisme », la publication de la circulaire « L’action catéchistique du frère des Écoles chrétiennes » et les « semaines de l’enseignement religieux », qui confirment l’intérêt marqué de certains membres de la communauté pour un enseignement renouvelé.

La deuxième partie du livre contient l’analyse du discours des deux revues pédagogiques afin de saisir les stratégies catéchistiques des Frères. Dans l’ensemble, les trois chapitres de cette partie traitent de la volonté des Frères d’offrir une meilleure formation aux élèves comme aux maîtres du catéchisme. Pour les premiers, il s’agit de mettre un terme à l’ignorance en matière religieuse, alors que pour les seconds, il suffit d’approfondir leurs connaissances et de répondre à la professionnalisation de l’enseignement religieux. Les innovations pédagogiques sont nombreuses dans les revues et s’accordent principalement sur la nécessité de passer des méthodes pédagogiques traditionnelles à celles plus vivantes et plus actives basées sur un processus inductif qui accorde une attention particulière à l’évolution de l’enfant. L’A. remarque que ces dernières, loin d’entrer en contradiction avec le projet éducatif initial des Frères des Écoles chrétiennes, réactualisent le message du fondateur.

Dans la dernière partie, qui inclut les chapitres six à huit, l’A. compare les deux séries catéchistiques Mon cahier de religion (Frères des Écoles chrétiennes) et Mes cahiers d’enfant du bon Dieu (Soeur Saint-Ladislas de la communauté des Soeurs de l’Assomption de la Sainte Vierge de Nicolet). Les conclusions de sa comparaison sont pertinentes en ce qu’elles nuancent le renouvellement pédagogique et catéchistique associé aux Frères. Elle montre en effet qu’ils font preuve de prudence dans la promotion des méthodes pédagogiques récentes et demeurent respectueux des directives scolaires et diocésaines. Pour l’A., ces nuances replacent le renouveau dans son contexte de l’époque et ne diminuent en rien la contribution des Frères. Les temps ne sont pas aux remises en question profondes, mais au commencement d’une réflexion critique du cadre normatif de l’institution catéchistique.

Ce livre contient une analyse intéressante sur le renouveau pédagogique en enseignement religieux au Québec. Les objectifs sont précis et clairement présentés et l’ensemble de la recherche est bien documenté. L’étude ne peut cependant pas jouir d’une exhaustivité complète. En ce sens, elle profiterait davantage en s’inscrivant dans une étude de plus grande importance.