Recensions

Shenwen Li, Stratégies missionnaires des jésuites français en Nouvelle-France et en Chine au xviie siècle. Québec, Les Presses de l’Université Laval ; Paris, L’Harmattan (coll. « Intercultures »), 2001, 379 p.[Record]

  • André Couture

…more information

  • André Couture
    Université Laval, Québec

Ce livre reprend l’essentiel d’une thèse de doctorat soutenue au Département d’histoire de l’Université Laval (Québec, Canada). Il s’agit d’une étude comparée de deux cas extrêmes d’essai de conversion au christianisme, celui des tribus amérindiennes du Canada et celui de la Chine au xviie siècle. Plus précisément, l’auteur se concentre sur les stratégies, à la fois identiques et diverses, utilisées par deux groupes de jésuites français ayant été formés à la même époque, dans les mêmes collèges, partageant les mêmes convictions, vivant les mêmes engagements, animés d’un même esprit, mais travaillant les uns parmi des « Sauvages » vivant dans un système social préétatique et tribal, les autres dans un Empire du Milieu bureaucratisé et « parfaitement civilisé », suscitant depuis un certain temps déjà l’admiration des Européens. Bien que certaines comparaisons émergent explicitement de la correspondance envoyée par ces missionnaires en France et que certains de ces missionnaires aient fait des séjours dans les deux continents, il est difficile de savoir exactement jusqu’à quel point ces jésuites entretenaient entre eux des rapports suivis. Le simple fait que ces tentatives de conversions de cultures étrangères aient été le fait d’une même communauté religieuse chrétienne pendant une période de temps sensiblement identique (l’Amérique de 1632 à 1701 et la Chine de 1656 à 1717) rend la comparaison particulièrement pertinente. Pour analyser cette masse énorme de documentation, Shenwen Li privilégie, dit-il, une approche plus ethnologique qu’historique (cf. p. 16). Il précise ensuite sa méthode de la façon suivante : « À l’instar d’une démarche employée par Laurier Turgeon, l’histoire est prise ici comme un vaste terrain ethnologique, un lieu d’observation des pratiques interculturelles à un moment donné du passé » (p. 16-17). On voudrait en savoir davantage sur la façon dont l’auteur a procédé, mais ce livre réunit en fait davantage les résultats d’une analyse qu’il n’apporte des éclaircissements concernant la méthode. L’auteur maîtrise les langues lui donnant accès aux documents de première main du côté des sources tant américaines que chinoises, et peut ainsi comparer les documents issus de milieux spécifiques et dégager les principales stratégies utilisées de part et d’autre. Notons toutefois qu’il n’existe pas de sources écrites en langues amérindiennes, contrairement à ce qui se passe en Chine où la connaissance du chinois est fondamentale. Après une première partie (chap. 1) portant sur la formation des missionnaires jésuites, l’auteur examine l’activité des jésuites en Nouvelle-France (chap. 2-4), puis en Chine (chap. 5-7), avant de cerner la réaction spécifique des Amérindiens et des Chinois à l’activité missionnaire (chap. 8), de préciser le sens des conversions « à demy » à laquelle ces missionnaires aboutissaient souvent (chap. 9), d’analyser l’apparition de diverses formes de syncrétisme (chap. 10), et finalement de mieux comprendre ce que l’on entendait par de « vrays chrestiens » (chap. 11). L’ensemble de ces chapitres réunit une matière riche et souvent inédite. La lecture en est aisée. Même quand l’auteur se penche sur l’un ou l’autre des deux pans de sa recherche, il n’oublie jamais qu’il est en train d’amorcer une comparaison et sait faire habilement allusion à ce qui se passe de l’autre côté. Sans entrer dans le détail des 11 chapitres qui composent cet ouvrage que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, je me contenterai de quelques remarques. Tout d’abord, il me semble évident que l’auteur de cet ouvrage est chinois. Il aborde au meilleur de sa connaissance le monde religieux amérindien. Mais ...