Recensions

Charles Journet, Entretiens sur l’Incarnation. Paris, Éditions Parole et Silence, 2002, 159 p.[Record]

  • Nestor Turcotte

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  • Nestor Turcotte
    Matane, Québec

Ce livre appartient à la série des « Entretiens » du cardinal Journet et a été publié en partenariat avec la Fondation Cardinal Journet. Il fait partie de la série qui porte sur l’espérance, la charité, le Saint-Esprit, sur Dieu le Père, l’Eucharistie, la Trinité, l’Église et sur Marie. Il recueille les propos tenus par l’illustre théologien lors de la retraite prêchée à Écogia (Versoix), Genève, du 27 au 30 août 1970. D’entrée de jeu, l’A. affirme qu’il est bien opportun de traiter du sujet de l’Incarnation, puisque, dans certains milieux, où l’on se réclame encore de l’Évangile, il ne s’agit plus que d’un Évangile vidé de toute transcendance. Le lecteur, s’il est familier un peu avec Jacques Maritain, ami intime de Journet, sentira l’influence du petit livre que le philosophe français composa sur le sujet et intitulé De la grâce et de l’humanité de Jésus. Pour l’A., l’Incarnation ne s’éclaire qu’en dépendance du mystère trinitaire. L’Être de Dieu est surabondance intérieure de Lumière et d’Amour. Il va s’extravaser à deux reprises : premièrement, en suscitant notre univers, par une initiative gratuite. La création, éternellement, pouvait ne pas être. Elle est le fruit d’un incompréhensible geste de libre et pur amour. Il y a un autre acte de libre et pur amour dans l’histoire de l’humanité : la présence historique du Verbe, la seconde Personne de la Trinité, qui vient s’unir à une nature humaine, en la faisant sienne, nous toucher nous-mêmes à travers elle, et par là, reprendre et renouveler ainsi la première création. L’A. s’attarde à expliquer deux attitudes religieuses qui refusent l’Incarnation. Le premier groupe refuse le Dieu unique et personnel pour verser dans une puissance impersonnelle, plus ou moins confondue avec le monde. L’animisme et les religions cosmiques utilisent ce langage. Une autre doctrine de l’incarnation se trouve dans le brahmanisme. Le thème de l’incarnation se présente sous la forme des Avatars ou des Descentes ou manifestations incarnées de la divinité. Il peut y avoir plusieurs incarnations, surtout si la religion périclite et l’impiété triomphe. Le premier groupe risque d’immerger la divinité dans le cosmos (animisme) ; l’autre, risque de résorber le cosmos dans la divinité (religions de l’Inde). Pour des raisons opposées, dans l’islam, Dieu est trop haut, trop pur, trop saint, pour s’incarner. Tout au contraire, dans la pensée biblique, Dieu ne se donne qu’une seule fois. « Le Christ, explique l’Épître aux Hébreux, après s’être offert une seule fois (hapax) […], apparaîtra une seconde fois, pour leur salut, à ceux qui l’attendent » (He 9,28). La deuxième instruction de Journet porte sur le « pourquoi » de l’Incarnation. L’Écriture est formelle : la descente de l’amour de Dieu est liée à la tragédie humaine. Quelle tragédie ? La Genèse donne la réponse. L’homme, dès son apparition, est constitué par Dieu dans un état privilégié de sainteté et de justice, comportant, comme corollaire, l’immortalité corporelle. Adam refuse, à la suggestion du Malin, de se soumettre à Dieu et pèche par une faute personnelle. Il perd de ce coup, pour lui et sa lignée, cette sainteté et cette justice toutes gratuites dans lesquelles il avait été établi, et par la suite, le privilège de l’immortalité corporelle. Il transmet à ses descendants une nature humaine privée de cette sainteté. Voilà, en l’homme, dans cette privation, un péché affectant sa nature, non commis par lui, mais transmis à chaque être humain. Non personnel, mais originel. Le premier homme transmet à ses descendants une nature humaine qui, privée du privilège de l’immortalité, retombe sous la loi de la mort …