You are on Érudit's new platform. Enjoy! Switch to classic view

Recensions

Michel Deneken, Johann Adam Möhler. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « Initiations aux théologiens »), 2007, 352 p.

  • Gilles Routhier

…more information

  • Gilles Routhier
    Université Laval, Québec

Article body

La collection « Initiations aux théologiens » est désormais bien connue et elle joue un rôle indispensable dans la diffusion de la tradition théologique du xxe siècle. Elle a déjà à son crédit sept beaux ouvrages. Celui que nous présente Michel Deneken se distingue toutefois des autres puisque le théologien auquel il nous introduit n’est pas du xxe siècle, mais du xixe. Toutefois, comme le souligne Deneken dans son introduction, s’il « peut paraître surprenant que, dans une collection consacrée aux grands théologiens du xxe siècle, un volume soit dédié à un théologien né à la fin du xviiie siècle, et mort en 1838 », l’entreprise se justifie lorsque l’on considère l’influence de Möhler au xxe siècle et, j’ajouterais, le renouveau d’intérêt actuel pour l’École de Tübingen et pour son fondateur, J.S. Drey.

L’ouvrage est conçu comme tous les autres de la collection : une biographie intellectuelle en deux chapitres, le premier sur l’homme et son contexte et un second sur l’École de Tübingen ; une présentation de ses deux oeuvres maîtresse, l’« Unité », mieux connue depuis que Congar l’a publiée en français comme deuxième volume de la collection « Unam Sanctam » et la « Symbolique », beaucoup moins connue dans la théologie de langue française ; des thèmes théologiques, l’ecclésiologie, la tradition, l’Écriture et la foi et l’oecuménisme ; et un dernier chapitre sur la pérennité et la réception de l’oeuvre. Comme dans les autres ouvrages de la collection, la dernière partie présente une riche sélection de textes présentés ici dans une nouvelle traduction faite à partir de l’édition critique des oeuvres de Möhler.

Cet ouvrage présente un réel intérêt aujourd’hui, non seulement en raison de l’envergure de la figure et de la pensée de Möhler, mais aussi en raison de son entreprise théologique au xixe siècle, au moment où il fallait repenser ce que voulait dire faire de la théologie. Deneken dégage très bien cet enjeu dans les deux premiers chapitres de l’ouvrage alors qu’il nous resitue Möhler dans son contexte, les choix qu’il a opérés, notamment de revenir à l’Écriture et à la patristique et, plus largement, à une étude des doctrines chrétiennes dans l’histoire, une ouverture et une confrontation à la pensée de son époque, notamment la pensée protestante, et un dépassement d’une vision étroitement juridique de l’Église. Penseur original, sa théologie n’en demeure pas moins profondément inscrite dans l’Église. Le défi de repenser le travail théologique, alors que l’institution ecclésiale était ébranlée et la théologie catholique affaiblie et prise dans la répétition et des schémas de pensée, nous est contemporain et la manière dont Möhler le releva nous interpelle encore.

Avec Möhler, on revient aux sources des grands renouveaux qui ont inspiré la « nouvelle théologie », le concile Vatican II dans ses chapitres principaux, son ecclésiologie, sa conception dynamique de la tradition et l’oecuménisme, et les grands théologiens du xxe siècle, en Allemagne et en France. Fréquenter Möhler, c’est retrouver un contemporain qui a vécu au xixe siècle, un maître qui inspira les plus grands renouveaux de la théologie au xxe siècle. L’ouvrage de M. Deneken, dynamique et d’une lecture aisée, contribuera à rendre sa pensée accessible à un plus grand nombre.