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Recensions

Geoffroy d’Auxerre, Exposé sur le Cantique des cantiques. Tome 1. Introduction, traduction et notes par Pierre-Yves Emery. Oka, Abbaye cistercienne Notre-Dame-du-Lac (coll. « Pain de Cîteaux - Série 3 », 27), 2008, 373 p.

  • Jean Doutre

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  • Jean Doutre
    Abbaye Val Notre-Dame, Saint-Jean-de-Matha

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Cette excellente traduction permet de mieux connaître la littérature cistercienne de la fin du 12e siècle. La brève introduction fournit des indications essentielles pour la lecture.

Geoffroy d’Auxerre était étudiant à Paris quand il entendit saint Bernard prêcher ; il le suivit à Clairvaux vers 1140. C’est donc quelqu’un qui a reçu une formation dans les écoles de Paris en plus de sa formation monastique. L’exposé a été composé vers la fin du siècle (1191-1196) et est un témoin de l’influence de la scholastique naissante sur la littérature cistercienne.

La citation de chaque verset du Cantique des cantiques est suivie (la plupart du temps) de notules et d’un commentaire mot à mot. Ce procédé est celui de l’enseignement tel que donné dans les écoles de la seconde moitié du 12e siècle ; il est très différent des sermons du milieu monastique qui portent sur un thème et veulent mouvoir ou émouvoir l’âme pour lui inspirer un élan qui la rapprochera de Dieu. Un mot, une expression, peut recevoir plusieurs interprétations qui se suivent sans lien les unes avec les autres. Le lecteur moderne reste avec une impression d’un texte décousu, comme lorsqu’on aborde une expositio des écolâtres de cette époque. C’est comme si on prenait un fichier et qu’on faisait la lecture de différentes fiches les unes après les autres sur un verset. L’auteur vivait à l’époque de la glose où l’on a soin de noter à qui telle ou telle glose (citation) est empruntée (contrairement aux auteurs monastiques du début du siècle qui n’identifiaient presque jamais leurs sources). Cet exposé n’est pas un ensemble bien travaillé et soigneusement construit. Cette littérature veut fournir des notes d’exégèse pour permettre de comprendre le texte. Il ne s’agit plus de susciter une affection pour soulever les sentiments du lecteur et le conduire à la contemplation. L’auteur rassemble autour du Cantique des notes d’une exégèse typologique ; il introduit à un enseignement moral et non à une mystique. Le traité sur les vertus est un témoin de toute la réflexion éthique développé dans les écoles au cours du 12e siècle.

Toutefois, le petit traité sur les vertus et leur ordination à la fin du deuxième livre (p. 212-229) et le Sermon pour la vigile de Noël à la fin du troisième livre (p. 343-373) présentent des synthèses qui peuvent aider le lecteur à trouver des fils de lecture dans le commentaire lui-même.

Je recommanderais de lire ce traité lentement, un peu à la fois tout en notant les paragraphes plus intéressants pour le lecteur. On peut aussi essayer de trouver des filons de lecture de thèmes qui sont abordés ici et là. C’est probablement ce que les maîtres des écoles de théologie attendaient de leurs étudiants à cette époque.