Comptes rendus

Claudine Caron. Léo-Pol Morin en concert, Montréal, Leméac éditeur, 2013, 249 p.[Record]

  • Sandria P. Bouliane

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  • Sandria P. Bouliane
    Institut d’études canadiennes de l’Université McGill
    Département de musique de l’Université du Québec à Montréal

Comptes rendus Claudine Caron. Léo-Pol Morin en concert, Montréal, Leméac éditeur, 2013, 249 p. Les ouvrages qui portent sur des figures importantes de la scène musicale québécoise de la première moitié du xxe siècle ne sont pas légion. Depuis 2000, aux côtés d’André Mathieu, qui a reçu un intérêt peu commun de la part des médias, quelques titres offrent le portrait de la carrière de Violet Archer, Rodolphe Mathieu, Mary Travers Bolduc et Oscar Peterson. Outre ces quelques livres se trouvent des thèses universitaires consacrées à des artistes à connaître, tels que Joseph Vézina, Émiliano Renaud et Jacques Labrecque. Dans cette lignée, l’essai de Claudine Caron sur la carrière pianistique de Léo-Pol Morin mérite notre considération. L’auteure travaille depuis plusieurs années sur l’histoire de la musique de cette période : après avoir porté attention au compositeur et carillonneur Émilien Allard, elle a collaboré au collectif Les 100 ans du prix d’Europe (dirigé par Mireille Barrière, Les Presses de l’Université Laval, 2012) et, plus récemment, à un ouvrage consacré à l’homme-orchestre Jean-Marie Beaudet (Josée Beaudet, Éditions Fides, 2014). À partir d’un corpus impressionnant de chroniques de concerts et de correspondance mettant en vedette Léo-Pol Morin, Claudine Caron fait cette fois la lumière sur la carrière nord-américaine et européenne d’un pianiste d’exception. Léo-Pol Morin (né Léopold à Cap-St-Ignace en 1892) a joué pour la première fois en public lors d’un concert de la classe de piano d’Henri Gagnon tenu à Québec en 1910. Morin s’est ensuite perfectionné auprès d’Arthur Letondal à Montréal avant de remporter la deuxième édition du prix d’Europe, en 1912. Voilà la prémisse d’un homme dont la carrière participera à l’essor de la modernité musicale canadienne, et ce, dès la fin des années 1910. Membre des Casoars (l’Arche), cofondateur de la revue Le Nigog, membre du conseil d’administration de la section montréalaise de Pro Musica, critique et musicographe éclairé, Morin a marqué son époque avec l’audace de ses programmes de concert et l’éloquence de sa plume. L’ouvrage est divisé en quatre chapitres chronologiques, précédés par autant de portraits contemporains réalisés par Ozias Leduc, Adrien Hébert et Joseph-Arthur Lemay. Le premier chapitre (1908-1918) présente la formation musicale que reçoit Morin au Québec et en France (auprès de Ricardo Viñes), puis décrit la série de concerts et de projets auxquels il participe à son retour au pays précipité par la Première Guerre mondiale. Le chapitre suivant est consacré à « l’exil » parisien (1919-1925), pendant lequel Morin se forge une solide réputation de pianiste spécialisé dans la présentation de programmes d’oeuvres contemporaines. Le troisième chapitre couvre, ensuite, les séries de concerts donnés au Canada et aux États-Unis entre 1925 et 1929, au moment même où Morin fait son entrée comme chroniqueur spécialisé dans le domaine de la musique. Le dernier chapitre recueille les activités diverses (concerts, écrits, cours de piano, causeries radiophoniques) tenues à Montréal et pour lesquelles s’est dévoué Léo-Pol Morin avant son décès prématuré en 1941. Une lecture transversale des parties de cet essai permet de faire ressortir trois caractéristiques importantes d’un homme encore méconnu des musicologues et des historiens. D’abord, Léo-Pol Morin a été un pianiste de grand talent qui n’est pas passé inaperçu auprès de ses contemporains. L’auteure rapporte les propos élogieux reçus par la critique française par celui qui « n’hésite point à composer un programme d’oeuvres contemporaines, et les tendances les plus hardies et les plus diverses ne sont point pour l’effrayer » (p. 82). Effectivement, Morin a ...